Le CHU malade de ses ragots ?

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Il s’en passe des choses au CHU-B, notre plus grand établissement hospitalier ! Entre les syndicats et la direction, c’est une véritable chamaillerie à n’en plus finir, sans qu’on parvienne à distinguer qui parle en notre faveur et qui non. En d’autres temps, il aurait été intéressant d’assister à ce spectacle s’il n’y avait eu en jeu notre santé à tous. Notre fierté et notre orgueil en sus.

Nous ne savons pas ce qu’il y a de plus à blâmer. Car les mêmes qui hurlent aux détournements aujourd’hui, applaudissaient la décision  de faire appel à des experts étrangers hier.  
Des deux choses l’une : ou bien hier, ils ne voyaient effectivement pas par où filait l’argent, et alors qu’ils disent comment aujourd’hui ils ont acquis la faculté de la double vue. Ou bien aujourd’hui leur coup de gueule est juste de la com, un coup de rattrapage juste parce que cela leur plait. Dans l’un comme dans l’autre cas, ce que d’aucuns ont appelé un bras de fer est très représentatif de la manière de penser la gestion chez nous. L’échec est toujours celui des autres.
D’abord parce que nos gouvernants, en décidant de confier le sauvetage de ce grand malade qu’est le CHU à des experts canadiens ont avoué notre incapacité à gérer par nous-mêmes nos établissements ; qu’ils soient hospitaliers ou bancaires, puisqu’ils finissent par péricliter, on le sait. Mais la solution du mal passait-elle par une remise sous tutelle, un aveu d’incapacité aussi humiliant ? On ne s’étonne plus aujourd’hui que celui qui en a les moyens préférera de loin aller se faire soigner en Europe, plutôt qu’à Brazzaville ou à Pointe-Noire !
Mais les syndicats qui hurlent à la vertu aujourd’hui peinent à convaincre. C’est comme si, affirment les bruits de couloir relayés par les réseaux sociaux, en confiant la gestion du CHU à des expatriés, on avait bouché les vannes de sortie des milliards qui, hier, s’évaporaient dans cet établissement. N’est-ce pas sous un soupçon de détournement faramineux qu’avait été relevée la précédente directrice (ensuite lavée par un audit) ?
L’équipe des Canadiens a trois ans pour essayer les thérapies qui redonneront, ne serait-ce que dans son image dans l’opinion, un profil plus rassurant de notre CHU-B. Et briseront la réputation déjà profondément ancrée, d’hôpital où ne plane que l’odeur de la mort. A vrai dire, peu importe par qui notre grand hôpital sera sauvé : étrangers ou compatriotes, il ne s’agira pas d’une autre colonisation. Mais de gagner la bataille de l’opinion, et de la santé, qui passe par l’inévitable redressement des statistiques.
N’ajoutons pas le racisme à notre incapacité à gérer notre système de santé et à sauver des vies par une conscience éthique aigue. N’ajoutons pas les ragots démotivants à notre difficulté à convaincre que nous pouvons être aussi capables que les autres à soigner. Ne déversons pas sur une jeune ministre de la Santé, des experts canadiens les flots des scories de notre frustration. Sauvons le CHU et sauvons les Congolais. C’est le seul pari à tenir.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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