Par la barbichette

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Une ministre du Gouvernement vient d’être démise de ses fonctions. L’homme de la rue hausse les épaules et dit, désabusé: qu’est-ce que cela changera? Les raisons de cette éviction s’étalent depuis quelques jours sur la place publique : l’opinion a été prise à témoin d’une manœuvre maladroite et dangereuse de dresser le parti de la majorité contre lui-même, encourageant la fronde et tentant d’allumer un contre-feu.

Si les faits sont bien ceux-là, on peut dire que la fameuse guerre déclarée contre les antivaleurs vient de faire sa première victime officielle. Mais, «petit fretin» ou «gros poisson»?
Et la suite, c’est quoi? Une analyse patiente des autres dossiers, déjà nombreux, sur la concussion, sur la corruption, les passe-droits, les abus d’autorité, les détournements de fonds publics, les enrichissements illicites ou d’autres méfaits ? A l’intérieur du Gouvernement ou hors? A l’Assemblée et au Sénat, ou au PCT et dans les autres partis ayant pignon sur rue ?
La démission de Mme Ingani pose au moins deux questions qu’on ne peut esquiver : qu’a-t-on sanctionné chez elle, sa tentative de subornation d’un frondeur, avec étalement d’au moins trois ou quatre noms à affaiblir au sein de l’appareil du pouvoir? Ou bien l’interception d’une conversation privée et sa mise à disposition dans les réseaux sociaux? Faut-il désormais se chuchoter à l’oreille ce que l’on dit tout bas au téléphone? Faut-il craindre pour la liberté d’expression désormais?
 Encore une fois, les Réseaux sociaux ont été mis à contribution pour dupliquer et répandre le dialogue entre une « maman ministre » et son « fils » politique. Apparemment, il ne s’est pas agi de fakenews, puisqu’aucun démenti des propos tenus ne nous est parvenu à ce jour : le Gouvernement voudrait-il nous inciter à recourir frénétiquement aux réseaux sociaux désormais pour nous informer? Car cette affaire révèle que les réseaux ne sont pas toujours ces marigots puants que l’on vouait aux gémonies il y a peu ! Il n’y a pas si  longtemps, on montait au créneau à la publication de toute exagération ; on démentait, on protestait, on menaçait.
Aujourd’hui, tout porte à croire que pour être mieux informés, il faut lire les bulletins du matin ou du milieu de la nuit de tous ces sites qu’habituellement on traite avec dédain. Ils ont la primeur de la nouvelle, et alimentés par ceux qui, de jour, s’évertuent à les proclamer infréquentables. Il faut pourtant laisser le citoyen faire lui-même le tri. A l’heure de l’informatique, l’information fuit de partout. C’est pourquoi, couper l’Internet en période électorale devient un non-sens.
Mais le limogeage de la ministre Ingani interroge aussi sur les mœurs politiques qui continuent a avoir cours en politique dans notre pays. Finalement, les différentes chapelles essayent d’amoindrir, et même d’annihiler les effets de toute velléité de sanction. Ce qui suggère que, dans la pêche au «gros poisson» annoncée par le président l’an dernier, seul le «fretin» sera retenu. On voit d’ici les limites d’une action visant à activer des mécanismes véritables de lutte contre la corruption.  
 On se tient par la barbichette: personne n’osera dénoncer un parent, un ami ayant puisé dans la caisse publique, ou se sera comporté à la Ingani pour «balancer» des camarades avec lesquels on mangeait dans la même assiette seulement hier. Ce n’est pas le courage qui manquera, mais la raison de privilégier une nation au détriment des liens de terroir. Qu’une ministre s’oppose aux sanctions contre son «fils» en dit long sur le chemin à parcourir jusqu’à l’objectivité. Et à cette hauteur de vue  – l’impartialité ? - à laquelle invite  toute nomination à tout poste de responsabilité.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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