Lamentable

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Il y a du bruissement dans le marigot, nous l’avions déjà signalé ici. Notre classe politique est dans l’agitation, et nous ne sommes qu’au début d’un processus de frétillements qui ira crescendo. Parce que l’approche de l’élection présidentielle joue comme un agitateur, un stimulateur d’excitation. C’est à qui va crier le plus fort. A qui va se donner le plus de mal pour convaincre qu’il est le mieux-aimé du chef, ou le mieux placé du bon côté du cercle de pouvoir. Les réseaux sociaux sont mis à contribution. Ils reçoivent les plaintes et instruisent les procès.


Ils réceptionnent les fausses confidences ou les cris de détresse véritables; les commentent, les «géantisent», les dissèquent, les analysent et les tamisent à l’envers: on laisse passer le plus petit détail pour ne s’appesantir sur le gros son. Au besoin, on fabrique. Ça balance, ça dénonce, ça rue dans les brancards. Le vocabulaire naguère fleuri, refleurit de plus belle  car la saison est propice à la pollinisation politique la plus coloriée, la plus vivace.
Des ministres s’épanchent, dénoncent, conseillent des stratégies de pouvoir, déplorent les incuries (seulement maintenant !), applaudissent le prince à ses moindres faits et gestes, sonnent le rassemblement ou l’ordre d’attaque. Puis se dédisent. Nous assistons, blasés, au début d’un quelque chose d’indéfinissable. Cela conduira-t-il les extrêmes jusqu’au pire, le conflit armé? Les plus corrompus, qui ont beaucoup à perdre, répondent comme pour exorciser: non! Les plus ingénus argument: qui que ce soit aujourd’hui est porteur d’allumettes. Donc, gare!
Parce que les mêmes causes finissent par produire les mêmes effets, le Congo qui ne passe plus de décennie sans violences, joue à se faire peur. Ou joue à amasser les fagots des brasiers futurs. A se tenir prêts. Et le tout dans un pays tellement dévasté par une implacable crise qu’on ne s’ahurit plus des extravagances des uns et des autres. Qu’on ne recherche plus le coupable de ceci ou de cela: car, qui osera sanctionner ou même désigner qui? Les Ntumi de service se mêlent à tous ceux qui sont causes et effets de tout ceci. Causes de ces innombrables morts sur les lits d’hôpitaux. Entassés dans nos morgues bourrées à l’excès.
Tout le monde attend la parole libératrice qui va calmer les esprits les plus guerriers. Et ramener à la raison, même au sein du cercle de pouvoir, tous ceux – toutes celles – qui jouent à tâter de tous les boutons, des plus délicats aux plus explosifs. La guerre des ethnies ne jouera jamais en faveur d’une ethnie. Se jouer de nouveau le remake du «Nous» contre «Eux» est injustifié. Il nous a tellement cabossé le pays et broyé les convivialités de naguère que rien que cette évocation devrait faire débrancher les appareils de la plus létale de cette «bêtise humaine» si bien décrite chez nous.
Que des ministres et hauts plénipotentiaires de l’Etat s’épanchent sur les réseaux sociaux ou en viennent aux invectives en public est un spectacle lamentable. Qui finit par reléguer au second plan les raisons de cette guéguerre. Or toutes leurs récriminations ne sont ni fausses, ni injustifiées. Mais qui va les entendre désormais, maintenant qu’elles viennent confirmer à coups de messages audio sur la place, ce qu’on ne faisait que murmurer. Qui le fera maintenant que tout le monde a sa raison ethnique de critiquer et d’attaquer? Même en justice?

Albert S. MIANZOUKOUTA

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