De nos amis

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De tous les côtés fusent les conseils de bon sens désormais. De l’homme de la rue, des travées de l’Assemblée, des partenaires conventionnels et historiques : tout n’est qu’invite à la prudence, à gérer autrement l’argent qui va se débloquer avec l’accord du FMI. Mieux que par le passé. Le premier ministre parle de s’entourer d’une équipe de combat pour mieux regarder à la dépense. Le FMI lui-même dit qu’il conditionnera le versement des tranches semestrielles qui nous sont promises à une plus grande vertu financière désormais.


Ces appels à mieux faire étaient inévitables. Nous ne pouvions pas avoir piaffé devant les guichets du FMI pendant plus de deux ans et nous en tirer avec des cris joyeux, de l’air de dire : «Et alors, on savait bien que vous finiriez par nous le donner, cet argent !». Il nous fallait bien marquer, ne serait-ce que formellement, notre compréhension de la situation grave dans laquelle nous nous sommes mis avec des dépenses inconsidérées, de prestige ou de simple caprice. Dire que nous avons été légers avec notre propre argent et avec l’argent des autres, c’est peu dire. Nous avons joué aux inconscients pour qui ne comptait que l’instinct du moment.
Pourtant, le Congo aurait toutes les raisons aussi de (se) demander : où étaient tous les donneurs de leçons d’aujourd’hui ? N’étaient-ils pas les mêmes, devenus des bretteurs de première main dans les rangs des députés présents en masse aux jours de versement des émoluments et peu visibles ou audibles les autres jours ? De quelle fraternité, solidarité et toutes les noblesses de cœur en «ité» jouissions-nous auprès de «nos amis» lorsqu’ils fermaient les deux yeux devant le creusement de notre dette abyssale ? Qui faut-il blâmer : celui qui emprunte ou celui qui prête en poussant à la faute, sans mise en garde?
Nous nous sommes endettés au-delà de nos capacités. A la première difficulté, les amis légers ont quitté le Congo, abandonnant nos chantiers en rouille. L’embellie qui s’amorce avec le déblocage décidé par le FMI, a tendance à les faire revenir pour, couleur de muraille,  venir susurrer à l’oreille des dirigeants qu’ils veulent nous aider. En mieux cette fois. Voire ! Si chat échaudé craint bien l’eau froide, le Congo devrait aussi faire de plus lucides tris parmi tous ces experts en queue-leu-leu sur les banquettes d’aérogares, mallette à la main.
La leçon que nous inflige la crise actuelle doit servir à tous. A nous, comme aux autres. Les résolutions que nous prononçons devant l’opinion doivent valoir ligne rouge à ne pas franchir. Sinon, nous retournerons à notre passé de mendiant riche, et d’antilope mourant de soif au bord de la lagune. Sous les quolibets. Avec du pétrole en sous-sol, mais sans le moindre haricot dans l’assiette!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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