La forêt, l’avenir

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Il semble bien que le Congo ait encore des secteurs où son orgueil vaut bien celui des autres. Mardi dernier, en effet, l’Ambassade des Etats-Unis a célébré un événement qui aurait dû avoir un plus grand retentissement. Le Parc national de Nouabalé-Ndoki accomplissait ce jour-là ses 25 ans de fonctionnement. Un événement de fierté. Car, 25 années durant, cet espace forestier du nord-Congo, riche en biodiversité à la faune et à la flore variées, a accompli sa mission de sanctuaire, presque dans la discrétion.


Pendant 25 ans et grâce à la coopération avec les Etats-Unis qui ont injecté pas moins de 100 millions de dollars (plus de 60 milliards de F. CFA), cet espace aujourd’hui rayonne de santé et de vie. Le nombre de grands singes, d’éléphants et d’animaux en disparition ailleurs est resté stable ici. Un vrai miracle dans un monde de grand chambardement et de chaos ! Un espace qui, en plus, continue de jouer sa partition dans la fourniture de l’oxygène dont dépend la planète entière. Ce joyau, nous devrions en être fiers !
Mais ce que nous ne savons pas à son propos souligne particulièrement le rapport ambigu que nous entretenons avec la forêt en général. Il faut bien avouer que nous n’aimons l’éléphant que dans sa forme boucanée au fond d’une assiette. La forêt ? Oui, si cela peut nous garantir du charbon de cuisine tout au long de l’année ! Des papillons rares? Quel intérêt, puisque ça ne se mange pas! Notre approche de la sauvegarde de l’environnement est purement utilitariste. Quand ça ne nous sert pas, c’est juste bon pour l’amusement des Blancs qui ont de l’argent à perdre !
Le Parc National de Nouabalé-Ndoki est pourtant l’exemple accompli de ce que nous pouvons attendre comme récompense d’une préservation de nos forêt: une coopération fructueuse ; un débouché heureux sur une niche d’opportunités pour les populations riveraines qui y trouvent même du travail ; une source d’émerveillement pour un tourisme encore balbutiant chez nous. La Forêt peut nous faire vivre autrement que sous la forme de lourdes grumes à exporter. Nous sommes peuples de forêt qui nous échinons à ennoblir le ciment et le bitume des villes !
C’est une fois gagnés à la conviction incontournable que la Forêt est un bien, que nous vivrons d’elle. C’est en la respectant qu’elle nous sauvera. Mais tant que nous ruserons avec la réalité, traitant les éco-gardes de fastidieux empêcheurs de chasser en rond, le ministère des Eaux et forêts de structure administrative en plus, juste faite pour engraisser des fonctionnaires, nous serons des étrangers à nos réalités les plus vraies. Et nous nous comporterons en écervelés prenant un plaisir allègre à scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Au fait, saviez-vous que le Parc National de Nouabalé-Ndoki est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO… depuis 2012 ?!

Albert S. MIANZOUKOUTA