Corrompus, mais…

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L’actualité place à la Une un pays dont nous avons tort de nous désintéresser et de penser qu’il est très loin, géographiquement, du nôtre: Haïti. Certes, il faudrait presqu’une journée d’avion pour, partant de Brazzaville, rejoindre Port-au-Prince, la capitale. Certes aussi les réalités que respire Haïti sont plus marquées par des faits regardant les Caraïbes et les Amériques. Mais si je veux attirer votre attention sur ce pays aujourd’hui, c’est pour rappeler que nous avons plus d’un point en commun avec lui.


Haïti, en effet, est peuplé de Noirs déportés d’Afrique durant les siècles de la Traite négrière. Le pays est le premier Etat peuplé de Noirs à avoir vaincu une armée occidentale, celle de Napoléon Bonaparte, en 1803. La figure légendaire de cette bataille est Toussaint Louverture, que le Martiniquais Aimé Césaire nous a fait aimer dans «La Tragédie du Roi Christophe». Ceux qui visitent Haïti et qui viennent d’Afrique, en reviennent toujours avec l’impression d’avoir rendu visite à une province de cousins.
Ce n’est toutefois pas le passé qui justifie ces lignes ; c’est le présent. Car, comme une bonne partie de pays d’Afrique, Haïti n’a pas confirmé les espérances de développement et de démocratie qu’on était en droit d’attendre. Haïti a sombré dans des situations alternant dictatures et approximations pluralistes. Il est plongé en ce moment dans une vaste crise, marquée par des grèves dures avec pour revendication principale la démission du président Jovenel Moïse. Pour corruption. Et c’est ici que cette actualité nous rattrape.
Car, à défaut d’une démocratie exemplaire, Haïti nous donne à voir une manière originale de lutter contre la corruption. Les manifestants descendent dans la rue en demandant que ceux qui ont volé des deniers publics soient «dénoncés, jugés et qu’ils rendent l’argent au Trésor public». En quoi cela est original ? Dans le fait qu’une opinion se lève dans un pays noir pour réclamer plus de rectitude face au bien public. Trop souvent, les dénonciations sont politiques et ne concernent que superficiellement la gouvernance. La corruption se résume à des ragots de bar, jamais vraiment crédibles. Comme si nous avions mieux à faire.
Tel pourfendeur de corruption est devenu à son tour un corrompu-corrupteur résolu quand il en a eu l’occasion. Mais depuis la Première république, la corruption a toujours été condamnée au Congo. Mais jamais les manifestations ne sont allées jusqu’à exiger de rendre l’argent volé au Trésor public ! Il y a eu des confiscations de biens, c’est vrai, mais on ne peut pas soutenir que ceux-ci aient jamais fait le bonheur des citoyens ensuite, ni réparé un préjudice.
A Haïti, on est descendu dans la rue pour réclamer la fin de la corruption et rappelé que le Bien commun est, Lapalisse l’aurait dit, commun. Pas des «mais», ni des «si» dans la lutte contre les antivaleurs. En page 5, notre journaliste rend compte de la volonté du Parlement de lutter contre la distraction du Bien public chez nous. Mais il s’interroge si ces proclamations tiendront la route. Et longtemps. On verra bien!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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