Aide ou conditionnement?

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Faut-il se surprendre que l’aide publique au développement continue de baisser d’année en année? Les observatoires attitrés indiquent une baisse régulière de cette aide depuis au moins 2017. Elle était alors de -7%. Elle était de -4% en Afrique l’an dernier et il n’est pas dit qu’elle ne baisse encore. Tragique?

Sans doute pas. Pas toujours. Car il est établi désormais que toute aide renferme aussi une force d’injonctions et de conditionnements directifs. Sans parler de l’amoindrissement de la souveraineté d’une nation, on peut au moins arguer que celui qui tend la main a beaucoup moins de véhémence que celui qui condescend à desserrer le cordon de sa bourse.
Ni l’histoire, ni les traditions, ni les amitiés qui en ce domaine n’ont que peu de portée ne peuvent justifier qu’il y ait d’un côté des peuples à aider et de l’autre des peuples aidant. Il arrive un moment que ceux-là finissent par se lasser de ceux-là, et finissent par s’agacer des mendicités d’éternels geignards.
Certes, les mécanismes internationaux de développement prévoient de la part des Nations riches cette forme de solidarité institutionnalisée. Certes aussi, les souverainetés les plus résolues ne peuvent tout faire : construire les ponts et bâtir des hôpitaux ; assurer la sécurité et l’éducation. Tout cela demande de l’argent et même un savoir-faire qu’il n’est pas utile de réinventer lorsqu’on se le voit offrir de manière aussi «gratuite».
Mais quand une aspirine ne peut s’acheter sans la condition expresse de remplir d’abord les critères d’administration de l’aspirine, on court le danger que la signature du contrat prenne plus de temps que le paludisme qu’il vient soigner. L’aide au développement n’est peut-être pas la panacée.
Du reste, s’il est des voix pour déplorer sa baisse, il en est d’autres qui s’enorgueillissent que les envois d’argent de la diaspora vers l’Afrique soient devenus plus importants et plus déterminants que le versement des aides de la coopération. C’est une invite à  nous inventer de nouvelles formes d’aides, moins coercitives et plus fonctionnelles. Mais moins complaisantes aussi de l’exigence morale de la bonne gouvernance: aide ou don, un sou est un sou.

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires