Misères de campus

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Ici et là, les étudiants crient famine. Ils sont en grogne. Nous constatons, impuissants, leur détresse parfois exprimée, parfois tue. Les causes de leur mal-être sont les mêmes ou presque, partout. L’irrégularité du versement des bourses, les modalités de leur attribution, le sentiment d’abandon surtout pour ceux qui sont à l’étranger… Les jeunes ont l’impétuosité de leurs impatiences, mais tout mouvement de protestation de leur part n’est pas qu’impatience. Nous traversons une zone difficile, de véritable turbulence économique, certes. La crise n’est pas une invention.

Nous en voyons les effets dans la rue, dans les administrations, dans ces chantiers aux arrêts et ces entreprises ayant mis la clé sous le paillasson. Le Congo souffre ; il serait étonnant que sa jeunesse ne souffre pas. Les caisses sont vides, les projets sont atrophiés et ne sortent plus des cartons, nous vivons du souvenir des temps passés, quand le lait et le miel coulaient en abondance.
C’est-à-dire aussi quand nous pensions que les choses ne changeraient jamais en mal. Et que notre générosité se déclinerait toujours en mille et une idées à proposer et à faire accepter avec le petit coup de pouce des 10% si commodes. Il y eut un Fonds souverain. Un Fonds des générations futures. Il y eut le rêve de nous hisser au rang de pays émergent d’ici une vingtaine d’années. Chacune des fois où nous avons annoncé à cela ; où nous avons desséché ces ambitions de sagesse, nous avons condamné un jeune étudiant à Cuba, au Sénégal ou à Brazzaville à crier son angoisse du présent.
A l’université, avec des effectifs de plus en plus pléthoriques, nous engageons une jeunesse sur les voies de garage, et faisons visiblement de la méthode Coué. Nous espérons que les choses finiront bien par s’arranger, que le pire que nous connaissons aujourd’hui ne pourra jamais être pire. Mais il n’y a pas grand-chose dans la vie d’une économie qui puisse s’arranger d’elle-même, si on ne dérange pas les causes qui l’ont fabriquée.
Mettre la jeunesse à l’abri, au moins des effets immédiats d’une crise qui n’aurait pas dû la frapper avec cette ampleur, est un minimum. Et même de simples mots, si on se limite au constat. Il nous faut susciter en tous la conviction que le pays qui « rame » fait effectivement tout ce qu’il faut pour limiter les conséquences de cette crise. A commencer par la signature de ce fameux accord d’aide avec le FMI. Et la proposition de voies alternatives.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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