Soudan : et la justice?

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Les événements qui se déroulent sous nos yeux, avec une accélération de l’Histoire au Soudan, surtout, reposent la question de la soif de justice qui sous-tend les différentes manifestations. Car, la destitution d’Omar Hassan al-Bachir au Soudan interroge aussi sur le sens que les Etats africains entendent donner à la quête de cette justice qui apaise les cœurs et pacifie les Nations.


Au fil des ans, l’Afrique est devenue le continent de toutes les violations. Des massacres à répétition, et même un génocide, sont devenus notre image de marque. Avec en plus l’impunité assurée à qui vole, viole et tue. Aucun recours crédible possible; seulement des justices de vainqueurs, aux effets éphémères, aux effets boomerang.
La création de la Cour pénale internationale, en juillet 1998, apportait donc une avancée certaine dans le respect des droits, dans la sanction des excès, pour plus de justice. Et l’Afrique fut parmi les continents les plus enjoués à l’idée d’avoir, enfin, un instrument de protection efficace pour donner corps à la notion de justice universelle.
Mais il a fallu que Omar Hassan al-Bachir, trente ans au pouvoir (et non 20 comme écrit au précédent numéro), se rende coupable d’effroyables massacres au Darfour pour que l’Afrique montre qu’elle semblait donner plus d’intérêt au statu quo. Le président soudanais, sur lequel pourtant pendent deux mandats d’arrêt, a pu voyager à travers les pays africains qui n’ont pas même fait mine de  l’arrêter. Le motif: la CPI s’acharnerait trop contre les seuls criminels africains. Le Burundi a même fini par s’en retirer!
Aujourd’hui que le président soudanais a été déposé, qu’attend l’Afrique qui exulte ou qui redoute les suites? Les militaires soudanais ont fait savoir qu’ils ne voudraient pas extrader leur ancien chef vers la CPI à La Haye. Mais que dit le reste de l’Afrique? Que dit cette jeunesse qui, dans les rues de Khartoum, se réjouit d’avoir forcé l’ancien président à quitter la présidence? Se satisfait-elle d’un renversement sans justice?
Obtenir des alternances n’a de sens que si la justice en garantit les conditions de durabilité. Une justice juste, qui ne se plie pas aux circonstances de l’instant, ou aux injonctions des puissants mais garantit que plus tard, les droits de l’homme ne seront pas qu’un alignement de mots au bas du premier pacte qu’on ne respectera pas.

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires