Langues maternelles ?

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Nous avons célébré ces mercredi et jeudi la Journée internationale de la langue maternelle. Il existe un chapelet de journées à célébrer que l’ONU a alignées, chacune a son importance, chacune est plus ou moins observée. Mais célébrer la langue maternelle dans un pays comme le nôtre c’est dire tout et rien. C’est renvoyer à une réalité avec laquelle nous entretenons une relation ambiguë, et que nous avons de la peine à clarifier.


Notre pays ne compte pas - plus !- de journal édité dans aucune de nos langues maternelles. Dans la rue, il n’est pas rare qu’on considère avec dédain le Congolais qui parle sa langue. Sous la colonisation et même longtemps après, qui parlait une langue autre que le français à l’école était puni par le port du «symbole» infâmant. Nous n’avons jamais su nous approprier nos langues.
Au contraire, nous en avons même fait des armes de guerre et de division. Les concepts «Sud», «Nord» se renforcent avant tout par la capacité de nos langues à nous cantonner dans nos ghettos ataviques. Parler en ville aujourd’hui, c’est parler et écrire le français. C’est-à-dire se tenir le plus loin possible de la langue maternelle qui fait plouc. Les deux grandes langues véhiculaires, le lingala et le kikongo, peinent à pénétrer les aires qui n’étaient pas celles de leur prédilection de départ.
Il n’est même pas certain qu’un journal écrit dans l’une ou l’autre de ces deux langues ne soit pas un autre instrument de division. De la provocation ou de la défiance suivant les points de vue. Dans un pays en crise économique profonde, afficher sa langue maternelle ne fait pas ringard, mais osé ! Alors, quelles langues maternelles avons-nous voulu célébrer mercredi et jeudi?
Une langue est l’expression de la culture d’un peuple. Aux forceps, les Centrafricains ont réussi à n’en avoir qu’une seule, le sango. Quelle est la volonté politique qui nous rapproche de l’idée de nous réapproprier nos langues maternelles? De leur ôter les enveloppes sur lesquelles se fonde la suspicion dont nous les entourons?
Nous avons des langues maternelles à foison; nous nous sommes donné le mot de ne les parler que dans le vase clos de nos parcelles. Célébrer une maladie honteuse, ce n’est pas donner de la visibilité à une réalité comme celle-là qui a pourtant sa beauté. Puisque la langue maternelle doit se célébrer, sachons lui donner la place qu’elle mérite dans la richesse de nos diversités!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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