A l’Est, du nouveau

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Peut-être nous faudra-t-il bien nous résoudre à voir autre chose dans notre chère Afrique centrale que la terre atavique des «premières négatives»! Peut-être nous faudra-t-il quand-même marcher dans la rue la tête haute, et non le dos voûté des personnes accablées par le destin chroniquement négatif! Nous sommes la région d’Afrique la plus corrompue, celle où les processus électoraux sont les plus décrédibilisés, où les alternances politiques sont verrouillées, où les droits humains (avec une cohorte d’enfants-soldats dont on ne peut être fiers) les plus violés, et où la justice a tout le mal du monde à nous convaincre qu’elle peut décider par elle-même. Et pour nous, les citoyens.


Ce lyrisme? C’est parce que, pour la deuxième fois au cours de ce trimestre, la République démocratique du Congo nous donne à voir des signes d’une certaine sagesse politique. Un président de la République y a accepté de se mettre de côté et a désigné un candidat à sa place. Une opposition, écartelée par des égos épais comme des nuages, y est parvenue à taire tous les aprioris et à choisir un nom pour aller à la présidentielle de décembre au nom de tous. L’Afrique centrale ne nous avait pas habitués à une telle élégance.
La République démocratique du Congo est donc en passe de nous démontrer qu’on peut s’étriper du mieux que l’on veut, se chamailler et se donner tous les noms d’oiseau et quand-même s’entendre sur un essentiel de paix. Les candidats de l’opposition congolaise ne sont ni des novices en politique, ni des personnes moins animées d’ambitions. Ils ont seulement mis de côté les querelles de toujours et ont donné à leur peuple la possibilité de voir autre chose que l’affligeant spectacle des processus électoraux de toujours.
Le pays y gagne en maturité et la classe politique en clarté de message. Ses cacophonies en période électorale n’aident pas à démarquer les professionnels du verbe de la force de proposition salutaire. Chaque fois que l’on essaie d’entendre les peuples, on s’accorde plus de respiration pour le futur. Plus de chance de s’affirmer en tant que Nation.  
L’Afrique centrale, donc, se donne à voir autrement que comme la région des processus électoraux faillis de toujours, dont les partitions sont écrites à l’avance. Où tout commence par une contestation endémique des résultats, quels qu’ils soient; se poursuit par des tensions pouvant culminer en violences, puis se termine en une résignation qui nous fait grogner de temps en temps. L’Afrique centrale se met-elle aux normes, aux moins aux normes de bon sens? Partout où des élections ont eu lieu, le souhait des votants a toujours été la victoire transparente de leur candidat, l’acceptation libre de la défaite des vaincus, et la mise en application honnête du programme de l’élu durant un mandat.
Oui, une hirondelle ne fait pas le printemps. Qu’un président en exercice accepte de s’en tenir à la Constitution et à ne pas briguer le mandat en trop ; que l’opposition se rassemble autour d’un seul nom ne garantissent strictement rien. A tout instant, tout risque de déraper et les machines à tricher ou à réprimer reprendre du service. C’est vrai. Pour l’heure, regardons avec intérêt une expérience qui est le début ou la fin de tout. Ce qui en sortira rejaillira forcément sur toute la sous-région.

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires