Presse en assises

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Il semble que tout pays ait la presse qu’il mérite. La formule fleure bon la vérité toute arrangée, qui empêche de réfléchir plus avant. Le Congo a une histoire, sa presse aussi. L’un dans l’autre, il y a eu des journaux et des journalistes alignés, des journalistes frondeurs, des opposants et des laudateurs de toujours. Le «mérite» ici n’est que la résultante des contraintes dans lesquelles nous travaillons, et d’abord dans celles de la pauvreté. Mais le Congo mérite-t-il cette presse-là, qui doit littéralement se couper en quatre pour paraître, diffuser, occuper un espace ?


Or il en est de la presse comme de tout le reste. Il nous est arrivé des moments de témérité, mais la plupart du temps nous nous contentons d’exister, ce qui n’est pas rien. Nous ne sommes sans doute pas une presse démocrate, ou alors une presse dont la démocratie se limite à quelques coups de gueule. Le reste du temps, nous nous contentons de suivre la meute, quelques que soient les raisons que nous donnions pour cela. Et quelles que soient les noms que nous donnions à nos pratiques.
Nous sommes aussi corrompus que ceux que nous décrions. Nous avons prêté souvent notre plume et notre micro aux causes qui ont conduit ce pays à la situation de crise accentuée que nous connaissons. Si seul l’Etat peut installer une Maison de la presse où nous viendrions exposer nos égo, c’est que nous ne sommes pas désireux de liberté, mais attachés aux réflexes pavloviens de nous laisser entretenir et dorloter, pour continuer à dorloter le gouvernant. Rêver de liberté et de détachement dans ce contexte, est quasiment du suicide.
Nous avons le mérite de tenir nos assises, d’y avoir invité des confrères parfois venus de loin. Au sortir de ces quatre jours de débats, nous espérons pouvoir mettre en place le contexte d’où émergera le journaliste congolais pour la prochaine décennie, comme a dit un officiel. Nous avons le mérite de ne nous cacher aucune de nos faiblesses et de rechercher la meilleure manière de nous en départir. Nous avons posé les bonnes questions à nous-mêmes, et nous attendons de nous en donner les réponses qu’il faut.
Gare à nous cependant de ne pas, ici aussi, nous enrober dans la tentation toujours facile que l’Etat fasse tout pour nous. Et que faisant cela, il ne prétende pas nous dicter son ordre. Il nous faut de la liberté de presse ; sur ce terrain-là tout n’est pas parfait, mais nous avons fait des avancées certaines. Il nous faut de la liberté de presse, mais toux ceux qui auront à en user ne doivent pas se sentir libres à l’ombre d’un baobab de la majorité ou de l’opposition.  La presse s’est diversifiée, mais pas suffisamment.
Ces assises seront réussies lorsque nous nous serons entendus sur ce que nous sommes et voulons être. Nous sommes une diversité de professionnels et même de professions, notre gageure sera d’en faire un ensemble homogène. Alors, même nous, de la presse privée et confessionnelle, nous sentirons membres d’une communauté solidaire, qui réfléchira et agir d’abord en journalistes. Pas en journalistes d’Etat ou en supplétifs qu’on peut ou ne pas inviter. (Lire aussi l’article en page 4)

Albert S. MIANZOUKOUTA  


Informations supplémentaires