Congolais ? Peu rassurant !

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Si nous disons que le pays est en crise, cela frise la redite. Il ne passe pas de jour que nous n’en fassions le constat, que radio et télévision ne nous la donnent à constater. La crise est profonde ; elle est multiforme. Elle ne se réduit pas seulement en difficultés d’un Etat suffoquant sous le poids d’une dette que les institutions financières internationales jugent insoutenable. Elle n’est pas seulement dans tous ces indicateurs au rouge, mais que le Gouvernement nous dépeint en vert-possible, sans que le daltonisme ne réussisse à masquer l’essentiel.


Nous sommes un pays en crise où il n’est plus rare désormais de croiser dans la rue des pères et mères de famille quêtant une obole, pour une ordonnance de 4000F. Où faux indigents et vrais escrocs accentuent la sensation de pauvreté générale ; la conviction que ce qui se fera pour nous redonner du courage exigera plus qu’une simple enveloppe du FMI. Car c’est à tous les niveaux que la faillite est visible. Et qu’elle souligne à la fois nos insouciances et nos incompétences.
Sur ce dernier point, d’ailleurs, il est incompréhensible que nous nous soyons imprégnés autant de notre impossibilité à bien faire. Nos ministères et notre administration sont pourtant remplis de personnalités brillantes sur le papier, docteurs ès-qualifications sortis des meilleurs écoles d’Europe, mais incapables de se montrer efficaces à un poste de responsabilité. En Europe et en Amérique où ils ont étudié, beaucoup de nos ministres et de nos techniciens supérieurs ont été jugés dignes, appréciés. Leurs diplômes n’ont pas été conquis à coups d’enveloppe sous (ou même sur) la table.
En 58 ans d’indépendance, le Congo a formé suffisamment de cadres pour se prendre en main. Acquis suffisamment d’expérience dans de nombreux domaines pour résoudre la plupart de ses questions existentielles. Développé assez de programmes dont nous aurions pu jouir au maximum, un «made in Congo» sur le flanc d’un emballage et trémolo de fierté de rigueur. Or, c’est tout le contraire qui apparaît. Même nos autorités sont les premières à douter de l’authenticité d’un acte de naissance, bien au courant qu’elles sont qu’en ce domaine, il suffit de savoir bien s’y prendre pour se voir délivrer une attestation de mariage, de divorce, de décès ou de naissance (ou tout cela à la fois!).
Qu’est-ce qui pousse donc à produire de la médiocrité là où des intelligences congolaises réunies devraient produire de l’excellence congolaise ? Et pourquoi la défiance devient-elle à ce point paralysante, au point que devant une papaye récoltée à Dolisie, le Congolais préférera celle venue du Guatemala? Que le Congolais aura toujours du dédain devant le Congolais, et préférera déverser des milliards à un étranger architecte plutôt qu’à un architecte local ? Il y a là du mystère ; la clé de notre comportement qui préfère se comporter en étranger face à nos réalités. Que les autres, FMI y compris, se chargeront toujours de résoudre à notre place.

Albert S. MIANZOUKOUTA