Petits commerçants

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Beaucoup d’activités vont refleurir dans nos villes la semaine prochaine. La rentrée des classes va regonfler de vie les différentes artères. Et les petits commerces aux abords des écoles vont se revigorer. Un adulte peut ne pas trouver des raisons à consommer à tout prix gratanias, yaourts et autres jus de bissaps: un enfant, si. Rester concentré des heures durant entre quatre murs, ça donne faim et soif. L’école rouvre ses portes, en principe, et tous les espoirs sont permis.

Car une nouvelle année va se gagner dans la formation de nos bambins, une nouvelle vie d’avenir même incertain. La rentrée des classes vient aussi avec ses défis incontournables, et là le tableau est moins joyeux.
Les écoles sont-elles prêtes, les enseignants dispatchés dans les différents départements, leurs salaires programmés et versés? Les enfants et les écoles sont des indicateurs puissants de notre niveau d’organisation, de notre manière d’appréhender  l’avenir. Toujours disposer de la piécette qui étanchera la petite faim et la petite soif de l’apprenant, toujours acquitter l’écolage de fin de mois, toujours s’assurer que l’enfant a de quoi prendre son ou ses bus à l’allée comme au retour. Il est des familles que ce type de réalités contournent, mais la vie en année scolaire bouscule tout le monde.
C’est pourquoi les petites acrobaties des transports publics privés que l’on constate ne peuvent pas contribuer à l’apaisement d’un climat sans cesse sous la menace de la déferlante que deviennent étudiants et élèves en cas de furie, en grève ou en manifestation. Le phénomène dit des «demi-terrains» revient en force. Il faut deux ou trois fois la somme habituelle pour se rendre désormais d’un coin à l’autre de la ville. La rareté du carburant, les tracasseries policières et les difficultés de terrain en ce début des pluies sont avancées comme raisons. Raisons toutes valables mais qui ne tombent pas sur une réalité qui a changé depuis la fermeture des classes, en juin.
Les familles sont toujours aussi pauvres. Leurs membres toujours aussi dans l’angoisse : avec un grand-père devenu un geignard indécrottable du fait de la non-arrivée des pensions, un père qui voit son salaire fondre dès la première semaine de sa perception (pour ceux qui le touchent) et des enfants stressés à l’avance à l’idée de finir chauffeurs de taxi avec un master II en poche. Nous sommes en train de fabriquer des générations de chômeurs, en empruntant à l’autruche la stratégie de ne pas voir ce qui arrive. En faisant semblant de croire que cette délinquance galopante dans les quartiers, cette dépravation débridée sont des phénomènes à part qui n’ont rien à voir avec notre faillite d’ensemble.
Ou en faisant semblant de croire que c’est le retard dans la signature d’un accord d’aide avec le FMI qui est cause de tout. Que les fameuses antivaleurs décriées sont un phénomène de saison, pas la conséquence d’années de négligences à tous les niveaux. Les petits commerces aux abords des écoles ou en bordure des marchés vont fleurir. Les agents de la mairie vont se faire plus vertueux pour venir prélever la taxe municipale de rigueur. Ainsi le serpent va se mordre la queue, dans un pays où tout le monde  veut vendre un peu de tout à tout le monde. Nous sommes tous devenus des petits commerçants.

Albert S. MIANZOUKOUTA