Des mots et des faits

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Une à une, les différentes dates annoncées pour des événements majeurs de la vie économique du pays glissent. Une à une, elles changent de place sur le curseur ou s’enfoncent dans un oubli dont on ne veut surtout pas les sortir. Il en va, dit-on, de la sérénité du travail des députés et des sénateurs, des experts et des techniciens: ceux qui sont au Gouvernement et ceux qui viennent  proposer leur science.

Car, même dans la situation où nous sommes, il y a toujours ceux qui font profession de «il n’y a qu’à…!», qui déploient de nouveau leurs décamètres et leurs stéthoscopes. Hier, ils étaient là pour accompagner le Congo dans les voies hasardeuses par lesquelles nous sommes passés pour nous retrouver dans la situation actuelle: «il n’y a qu’à !»
Le chemin de fer, colonne vertébrale de l’économie du Congo depuis les années 1930,  les aventuriers de la légèreté l’ont réduit en un amas de fer rouillé. Ceux qui ont détôlé ses gares, arraché rails et traverses, dynamité certains de ses ponts et saccagé de beaux édifices d’églises font chorus: «à quand, donc, la reprise des activités sur la voie ferrée que nous avons saccagée ?». Leur impatience est égale pour une fois à celle du citoyen ordinaire: à quand la reprise de la circulation des trains sur le Chemin de fer Congo-Océan? On l’avait annoncée pour début juillet ; nous sommes à la fin d’août.
Mais la date la plus emblématique reste, bien entendu, celle de la conclusion d’un programme budgétaire avec le FMI. Quand signera-t-on? Le Gouvernement assure que le retard est plutôt bon signe, parce qu’il faut se donner le temps de scruter point par point les différentes réponses à l’institution financière internationale. La durée d’une visite chez le médecin est signe que le praticien veut regarder tous les aspects d’une pathologie, passer en revue tous les incidents sanitaires survenus depuis le dernier passage, certitude assurée que la thérapie qui sera appliquée guérira effectivement le malade. Ainsi présentée, la situation congolaise a du rassurant. Reste que, même chez le médecin, un malade arrivant gémissant et se tortillant chez le Docteur, court le risque de trépasser si la visite devait durer  jusqu’au soir!
Ce n’est donc pas signe de bonne santé économique si nos «cahiers» au FMI sont regardés plus que de raison. Des pays voisins les ont soumis à la même période; ils sont ressortis de la salle d’examen, leur carnet de notes rempli de dollars. Faire le cancre d’une situation n’est pas rassurant. Nous gaver de mots d’espérance améliore le moral, mais n’ajoute rien à une assiette le soir. Nous sommes dans la crise profonde et quels que soient les mots que nous emploierons pour la dépeindre, nous en reviendrons à la même réalité: nous sommes en panne.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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