Il est libre. De tout

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Il est totalement libre. Depuis cette semaine, le chef des rebelles au Pool est libre de toute entrave judiciaire. Le mandat d’arrêt qui pesait sur lui a été retiré. En principe, donc, il est libre comme tout citoyen de vaquer à ses occupations et de s’adonner à ses petits trafics. Libre de tout faire. C’est-à-dire de se laisser inspirer par le Bon  Dieu les jours de grâce, et par le démon les jours où il lui prend l’envie de mettre la République à genoux. C’est peut-être cela le prix de la paix; de cette paix qui y gagne. Mais il n’est pas du tout sûr que le citoyen y trouve son compte.


Car il est des libertés au goût de dilemme. Au goût de fiel.
L’accord de paix signé le 23 décembre dernier impliquait l’observance de toutes les clauses souscrites par les deux parties, le Gouvernement et les insurgés. C’est-à-dire: la fin des attaques sournoises, de la prise en otage des populations, des diatribes enflammées sur les radios internationales, de la traque et de la capture des gens en arme; de leur emprisonnement ou de leur enlèvement; de leur assassinat même. L’accord ne le prévoyait pas dans le détail, mais il le supposait: désormais, on ne se veut plus que du bien. Fini les églises qui flambent et les prêtres violentés avec désinvolture.
D’un trait, on décide d’oublier tout. De faire semblant de croire que la haine qu’on s’est vouée hier, les dizaines de tombes d’inconnus ou d’illustres n’existaient plus; les nombreux villages brûlés ou pillés. disparaissaient d’un trait de plume. On doit se pincer et s’apprêter à assister au retour en triomphe d’un homme devenu la clé de la paix, de sa paix. L’agacement que cela nous procure vaut sans doute mieux que les frayeurs causées par le récit des souffrances qu’il a infligées aux paysans; des pauvres hères qui se sont retrouvées sans rien, sans perspective du jour au lendemain.
Pourtant, encore une fois, une paix n’est pas bonne quand elle se bâtit sur l’oubli facile. Elle n’est même pas une paix tant qu’elle ne se courbe pas devant l’obligation de demander pardon, de reconnaître qu’on s’est trompés, qu’on a tué pour rien. La réconciliation ne peut s’essuyer les pieds sur le devoir de justice, et tresser des lauriers à ceux qui l’ont menacée et mise à mal.
Un mandat d’arrêt a été retiré; pas le mandat de mémoire. Sinon tout repartira. Tel un feu mal éteint, la moindre brise pourrait rallumer les braises sous la cendre. Et il n’y a pas de bon ou de mauvais feu; tant qu’il peut brûler et incendier, il est du devoir de tous de rechercher les moyens de l’éteindre vraiment. La République est généreuse, mais oublier sans contrepartie devient presque de l’injustice pour ceux qui ont perdu des années de vie dans ce jeu sans objectif revendiqué. Ou partagé!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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