Des vies, pas autre chose

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Pour une fois, apprenons de l’histoire. Car une fois de plus, nous voici à pleurer des enfants que rien ne destinait à la mort. Et dont nous nous séparons sans trop savoir la vérité à savoir, sans trop nous accorder en Nation sur les conditions de cette mort nombreuse, brutale et inutile, et sur les suites qui y seront données. Minutes de silence, expressions de condoléances, large émotion mais aussi lamentations de certains parents qui rechercheraient le corps de leurs enfants.


Pour une fois, accordons-nous à ne pas traiter ce drame comme s’il s’agissait d’un simple incident qui préparerait à d’autres à venir. Accordons-nous sur une seule version, de douleur, accompagnant ces enfants, innocents ou membres de gang qu’ils fussent. Le fait de les avoir interpelés dans le cadre d’une enquête supposait leur traduction pleine devant la justice. Car la question n’est pas de trancher entre tolérer la multiplication des «Bébés noirs» terrorisant nos quartiers ou la répression de la criminalité. Elle est dans la conviction qu’un délit doit être puni. Que la protection des vies recouvre aussi le criminel supposé.
La panoplie des peines encourues dans les délits et les crimes est suffisamment vaste. Et d’ailleurs la mort n’en fait pas partie. Qu’un commissariat défourne 13 corps de victimes plus ou moins jeunes est donc bien un dysfonctionnement grave à déplorer. Les commissions d’enquête promises ou réclamées sont un mécanisme de connaissance des faits. Mais elles n’auront de sens que si elles suscitent en nous la ferme volonté de ne plus voir se reproduire ces épisodes que nous déplorons trop souvent à chaque décennie; que si elles nous garantissaient contre le recours à la mort – et même à la guerre, son expression la plus accomplie – pour «régler» un problème.
Une quinzaine de vies a été fauchée, honte à nous si nous les traitons de seule bande de criminels (l’étaient-ils seulement?), donc des vies de peu à ajouter au flot de nos morts journaliers vers les cimetières. C’étaient des vies, égales en valeur et en dignité à toutes les vies. La prison est faite pour réhabiliter des êtres qui se sont trompés. Les jeunes du commissariat de Chacona étaient destinés à répondre d’actes criminels éventuels. A être jugés et ramenés à la vie sociale. Ils n’auront pas même cette chance-là.

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires