Libres comme les ondes

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Une nouvelle radio internationale débarque chez nous, c’est la Voix de l’Amérique. Dans son intitulé, tous les mots se tiennent. Elle est une voix, c’est celle de l’Amérique, la première puissance du monde. Son arrivée chez nous ne s’est pas faite sans difficultés, mais le lancement cette semaine de la 104.3 FM à Brazzaville et de la  98.3 à Pointe-Noire ne vient pas écraser des libertés. Au contraire, il vient les élargir. Il y a toujours du bien à entendre par la polyphonie, toujours à appendre des pluriels. Une autre manière de dire l’information s’installe, une autre manière d’ausculter l’Afrique, une autre manière aussi d’entendre ce que l’on dit de nous. (A suivre l’interview de Mme Amanda Bennett, directrice générale de la Voix de l’Amérique dans nos prochaines éditions).


Il est certain que nous gagnons à accepter d’ouvrir chaque jour un peu plus la fenêtre de la liberté. Dans un monde de plus en plus interconnecté, l’arrivée d’un nouvel organe d’information dans le paysage médiatique congolais offre une grande chance d’ouverture d’esprit. Nous élargissons notre regard à l’écoute de plus de vérités possibles sur le monde; nous nous confortons davantage dans nos devoirs citoyens à apprendre des autres. Nous ne resterons pas un seul jour sans information, pannes électriques ou volonté délibérée, ne nous priveront plus des nouvelles du monde et de chez nous.
Mais il serait illusoire de voir dans toutes ces chaînes qui nous arrivent par les bouquets et toutes les technologies du ciel une possibilité supplémentaire d’évasion seulement. Il fut un temps dans ce pays où le moindre événement hors du commun nous valait la coupure du signal international. Nous étions alors dans l’obscurité de nos propres informations, malmenant les plages de radio à la recherche d’un «son». Ces temps-là, nous osons le croire, sont révolus. Désormais, nous entendons parler de nous et des autres, et nous nous voyons offrir la liberté de choix entre les informations condescendantes, les informations hargneuses, les informations soporifiques, les informations agaçantes ou les informations étonnantes. Nous y gagnons.
D’autant que dans le regard des autres, nous percevons aussi l’invite constante à nous regarder nous-mêmes, de l’intérieur. Il n’y a pas que de la misère médiatique chez nous! A chaque heure, des femmes et des hommes de talent et de passion vont à la quête des nouvelles et les rapportent parfois sous la menace et le risque. C’est une longue chaîne de travail qui aboutit au papier que vous tenez entre les mains; une très longue file d’abnégations. Nos chaînes de télévision, nos journaux et nos radios sont surtout connus pour être critiquables à souhait; ils le méritent.
Mais n’oubliez pas qu’ils se font au prix de mile et uns sacrifices que vous ignorez, parfois volontairement! La Semaine Africaine trime pour sauvegarder le statut et le rang que lui confèrent ses presque 66 ans d’âge. Radio Magnificat, que je dirige aussi, est restée balbutiante pendant deux mois, électricité coupée : le saviez-vous? Mais nous ne nourrissons pas nos colonnes de nos seules jérémiades; le monde gémit, tendons-lui le micro. Faites espace au plus de médias possibles, vous entendrez rire et pleurer le monde tel qu’il est au réel. Aux gouvernants de nous concéder qu’il n’y a pas péril en la demeure à critiquer un gouvernement; c’est un appel à mieux faire. Pour le bien de tous.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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