Le numérique ou la mort

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Naturellement, le ministre Léon-Juste Ibombo est convaincu de son fait. Il aurait été incompréhensible qu’en charge de l’économie numérique, il fût réfractaire à l’intrusion toute puissante de l’ordinateur dans nos sociétés ! Il en est convaincu: la révolution du numérique est de celles que l’Afrique ne peut se permettre de rater. Feu et flammes, il énumère les arguments qui font que nous partions aujourd’hui, tous, sur le même pied d’égalité. A chances égales. La technologie est disponible, les ressources humaines aussi, tout est donc possible.

 

Pourvu que soient mises en place les infrastructures des autoroutes de l’information, même un gamin de 12 ans de Mayoko peut entrer en communication avec une personnalité de l’autre bout du monde. Et sous peu, nous assure le ministre, il ne sera même plus nécessaire d’aller faire la queue devant un guichet automatique, le smartphone faisant tout ce qui fait nous déplacer vers une mairie, une agence de banque ou un guichet de contributions sociales.
L’économie du numérique est déjà une réalité ailleurs, elle fait son entrée fulgurante dans les habitudes des Congolais. Les transferts d’argent par téléphone portable ne sont plus une fiction pour bon nombre de jeunes du Congo. Sous peu aussi – les choses se mettent progressivement en place – consulter son compte en banque, y prélever de l’argent ou l’y déposer se feront sans quitter son fauteuil.
Mais le secteur dont s’occupe le ministre Ibombo est tout de défis. A commencer par la nouveauté technologique pleine sur laquelle se développe notre ambition de combler le fossé numérique qui nous sépare des pays du Nord de la Planète. Mais les défis sont surtout au plan des libertés et de la pensée. Les gouvernements ont tendance à se comporter avec méfiance par rapport à l’outil informatique grand public. De son côté, le citoyen trouve plus utile de n’investir les réseaux sociaux que pour pourfendre les gouvernants et s’y répandre en invectives de fiel.
C’est peut-être signe d’un déficit de pleine liberté dans un domaine où elle est pourtant une seconde nature. Nous avons demandé au ministre Ibombo si couper l’Internet en période électorale était une pratique qui devait s’enraciner dans les mœurs au Congo. Il parle de souveraineté et de protection. C’est peut-être ici qu’il s’est montré le moins convaincant. Et où il a donné l’impression que nous sommes, tous, en phase d’ajustement. Qu’il nous faut réfléchir encore à ce que nous voulons que l’outil informatique soit pour nous : un verrou de plus, ou un prétexte d’évasion stérile. Lire notre interview en page 3.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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