De l’île et des autres

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As-tu déjà été à l’île Mbamou? La question, banale, attendait une réponse spontanée, directe et sans calcul. Elle a pourtant mis quelques minutes à sortir de moi, parce qu’en même temps que la question, me revenait à la face la honte de devoir dire «Non». De réaliser que je vis dans dans la capitale du Congo; que je côtoie cette île que je vois chaque jour de loin, mais que je n’y suis jamais allé.

Honte plus grande encore de réaliser que, de toutes les raisons que je me suis données pour ne pas y aller, aucune n’était valable, sérieusement.
Que les embarcations pour s’y rendre sont disponibles à chaque heure de la journée; que le prix n’est guère de plus de quelques francs; que le service est semblable à celui d’un foula-foula. Et que l’Ile Mbamou c’est, en fin de compte, le Congo! Alors, j’ai résolu de m’y rendre pour ne pas mourir idiot. L’occasion de me rendre compte aussi qu’il n’existe pas «une» île, mais une grappe d’îlots, tous aux noms aussi pittoresques les uns que les autres.
Je ne vous parle pas de l’Ile Mbamou par simple expiation de mon ignorance désormais vaincue. Je suis certain que, comme moi, vous êtes nombreux à ne vous être jamais aventurés au-delà de votre ville: «qu’irais-je y faire?», «qui me connait là-bas?», «là-bas, ce n’est pas chez moi» et autres balivernes du genre. Nous sommes nombreux à nous être engoncés dans notre ignorance pour tourner le dos à des contrées magnifiques du Congo, par simple manque de motivation ou atavisme paralysant. Et, ainsi, on passe à côté de beautés comme Diosso, Ekoti ya Monseigneur, Loufoulakari ou Bibaka qui ne demandent rien d’autre que d’être vues !
Ce faisant, nous alimentons en nous les fantasmes qui font le lit du tribalisme le plus idiot et des affabulations les plus abracadabrantes sur un développement du pays qui serait plus accentué ici que là, sur des privilèges accordés seulement à certaines parties du pays et pas à d’autres, sur un développement plus accentué chez les autres... Or le Congo est pauvre, mais beau!
Un lampadaire en plus dans un département n’est que l’hirondelle d’un printemps qui ne se traduira pas de si tôt en développement durable. Surtout si, comme partout ailleurs, cela ne garantit pas contre les délestages et les dysfonctionnements de toujours !
Dans ce journal vous lirez en page Développement l’interview d’un passionné de l’environnement oublié, si l’on peut dire. Il parle tellement avec feu des sites et beautés naturels du Congo, que je crains que l’interview qu’il nous accorde en page 6 ne rende pas justice de son langage de verdure. Il en faut des dizaines comme lui pour éclairer les recoins ignorés  du Congo et les offrir à l’admiration gratuite de tous. Vous n’avez jamais été à l’île Mbamou? Faites comme moi, sautez dans une pirogue !

Albert S. MIANZOUKOUTA

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