Pas au courant

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Alors que la Coupe du monde de football bat son plein en Russie, plusieurs contrées du Congo se désespèrent de ne pouvoir la regarder à la télévision. La faute n’est pas attribuable seulement aux mille et une restrictions imposées par les transmetteurs d’images. Elle est aussi dûe au fait que là où l’électricité arrive, le courant n’arrive pas. Emblématique de cette situation est la capitale, Brazzaville. Il n’est plus rare désormais, au beau milieu d’un pénalty à suivre, d’entendre des clameurs fortes s’élever dans les quartiers : pénalty réussi? Raté? Une erreur d’arbitrage? Pas du tout: une coupure de courant. Un délestage!


C’est-à-dire un partage équitable de la pauvreté et de la pénurie, qui nous aurait fait tant plaisir si la répartition des richesses avait suivi la même rigueur de distribution. Un coup, c’est un quartier qui a de l’électricité, un autre coup, c’est tel autre. Et tant pis pour vous si cela tombe en pleine retransmission télévisée du match Brésil-Mexique; en plein journal télévisé ou en plein discours d’un plénipotentiaire. En pleine journée ou en pleine nuit. Hier, nous avions la censure, nous goûtons aujourd’hui aux plaisirs du délestage. Ou bien à l’une plus immédiate de ses conséquences pas plus heureuses: le déclenchement simultané de dizaines de groupes électrogènes pétaradant à ne plus s’entendre crier, ou crachant des volutes de fumées, causes de pneumonies chez tous plus tard.
L’électricité est devenue un casse-tête permanent dans les villes. Mais l’explication ne suit toujours pas. Vers qui se plaindre: tout  le monde ou presque est logé à la même enseigne. La seule différence étant dans le degré des décibels des groupes électrogènes en déclenchement. Plus ils sont puissants et silencieux, et plus ils appartiennent à quelque fortuné. Une fausse égalité en phase avec la situation générale du pays, dans tous les cas.
Il aurait été un peu pitoyable d’améliorer la situation de l’électricité dans nos villes uniquement pour permettre le suivi de la Coupe du monde, encore que! Mais celle-ci ne s’organise que tous les quatre ans. Et puis, il est des citoyens rares à qui le football ne dit rien; ils ont tout autant droit à leur électricité. Il est donc du devoir des instances distributrices d’une société connue pour sa stricte et très exemplaire préoccupation à ne faire arriver en retard aucune facture, à se dire que le courant est un service. Prendre de l’argent et ne pas livrer ce pour quoi il a été payé est une escroquerie.
Dans ce journal, un de nos jeunes reporters (voir page 17) s’est baladé dans les quartiers. Il en est revenu désespéré de ne pouvoir recueillir l’avis des victimes des délestages. Comme s’ils n’étaient tout simplement pas concernés. Pas au courant.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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