Barricades

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Curieusement, c’est en Occident que l’on parle le plus aujourd’hui d’un problème qui nous concerne pourtant en premiers. L’immigration est un brûlot en Europe. Le thème y fait et défait des majorités politiques. Peu à peu, il imprègne les mentalités et fait légitimer la nécessité de faire quelque chose contre. Rarement pour.
Les populismes gagnent du terrain et l’Europe se barricade. Les lois s’y font plus sévères. Les expulsions s’y évaluent en performances stakhanovistes pour un bilan en termes de : «c’est nous qui en faisons le plus !». Et l’Afrique assiste silencieuse.


C’est-à-dire qu’elle continue de suivre en spectatrice le flot de ces jeunes prenant d’assaut la forteresse des pays riches. Sans même se donner les apparences d’un mea culpa, ni d’un vernis de remord pour les responsabilités d’une faillite qui plonge ses fils et filles dans la désespérance. Il ne serait pas erroné d’affirmer que l’Afrique encourage même ses enfants à «aller tenter la chance ailleurs». A aller chez les autres; c’est-à-dire chez ceux qui ont réussi ce que nous n’avons pas – pas encore ?- réalisé chez nous. Ou que nous ne nous donnons même plus la peine de vouloir réaliser.
Toute honte bue, nous poussons notre jeunesse vers la sortie, et la regardons ensuite se noyer par milliers en Méditerranée.
Alors, les autres se barricadent. Erigent des murs de béton, de barbelés ou, pire, des murs idéologiques. Qui ont la particularité de rendre parfaitement licites, normaux et acceptables des propos et attitudes qui ne s’embarrassent plus d’un enrobé de politiquement correct. Le langage suit l’évolution des mentalités : plus question de racisme là où il n’est question que de xénophobie. Graduation des sentiments, mais pas différences de traitement: un migrant, un immigrant, un clandestin ou un étranger: c’est du pareil au même, au fond. La charge de dédain, de méfiance et de défiance qu’ils suggèrent ne peut pas s’apprécier en «bon» ou «moins bon». Ils sont tous des repoussoirs transformés en mantras, sans même s’attarder sur les liens du passé qui peuvent avoir généré certaines des faillites d’aujourd’hui. Nous sommes aux commandes de nos destins ; le colon n’est plus coupable de notre corruption érigée en système, qui ne voit que rarement les  corrupteurs tapis hors des frontières Et, donc, vidant les ressources qui auraient pu créer les conditions pour retenir ces millions de jeunes qui vont perturber la quiétude des riches au-delà des mers.
Hausser les épaules, se défausser sur le colon d’hier et d’aujourd’hui ne résoudront rien. Sauf à perpétuer les tragédies qui ne nous arrachent plus une seule larme. Tellement il y en a. Mektoub, disent les Arabes: ce qui est écrit est écrit !

Albert S. MIANZOUKOUTA

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