Il n’y a jamais eu une «affaire Anatole Milandou» !

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Dans le flot des rumeurs, informations vraies ou non, déversées par les différents procès en cours, le nom de Mgr Anatole Milandou, Archevêque de Brazzaville, a été jeté en pâtures. Comme une bombe, il a eu son effet dévastateur : les malveillants s’en sont réjouis, les fidèles catholiques en ont été scandalisés. Comment pouvait-on associer l’Archevêque de Brazzaville à des procès intentés à des personnages politiques pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat congolais!


Le Palais de justice de Brazzaville n’est pas un lieu de sinécure. L’Eglise catholique y rattache un de ses moments les plus traumatiques autour de l’assassinat du Cardinal Emile Biayenda, prédécesseur de Mgr l’Archevêque de Brazzaville précisément. Dans l’opinion, les interrogations ont donc été multiples sur les  visées d’un geste aussi incompréhensible qu’inédit: s’apprêtait-on à revivre le cauchemar de mars 1977 ?
Nous sommes bien placés pour dire que l’affaire Anatole Milandou n’a jamais existé mais on se sait pas la couche de calomnie qui restera dans les mémoires. Dans le procès Jean-Martin Mbemba, l’ancien ministre condamné par contumace à 10 ans de réclusion, un de ses co-accusés, en l’occurrence Jean-Jacques Maléla, a cité Mgr Milandou comme témoin dans une incroyable affaire de trafic d’ossements humains impliquant un proche collaborateur de l’ancien Premier ministre Isidore Mvouba (lui aussi a été appelé à témoigner dans ce volet de l’affaire, tout comme Me Placide Lenga).
Disons, donc, que l’affaire a fait «Pschitt !».
Parce que, finalement, Mgr Milandou n’a jamais été appelé à venir témoigner à la barre, et aucune commission rogatoire ne s’est rendue à l’archevêché pour l’entendre, même par écrit.
Parce que Mgr Milandou, en pasteur des âmes qui parle et prodigue des conseils à qui vient se confier à lui, dit à qui veut l’entendre qu’il a effectivement reçu Jean-Jacques Maléla se présentant comme un des chauffeurs de M. Isidore Mvouba et que l’affaire s’est arrêtée là. Les faits, qui remontent à loin dans le temps, n’avaient aucun caractère délictueux et aucun autre contact n’a eu lieu avec le co-accusé de Me Mbemba ensuite.
Nous sommes un journal catholique, et cela irait presque de soi que nous défendions l’honorabilité de notre archevêque. Pourtant,  il n’y a pas du simple suivisme dans une affaire où un haut-dignitaire de l’Eglise catholique est pratiquement traîné dans la boue sans possibilité de donner au monde sa propre version des faits. Me Jean-Martin Mbemba et ses co-accusés ont été condamnés, mais on peut constater qu’ils étaient poursuivis pour tout autre chose que ce qui jette de la boue sur la personnalité de Mgr Milandou. Affaire close ou armoire à tiroirs gardée au frais pour, un jour, pouvoir la ressortir au gré des vents changeants de la République ?
Il n’est déjà pas clair de savoir si les procès en cours sont bien organisés pour faire la lumière sur des faits graves dans le pays. Mais égrener des noms de personnalités hors de tout cadre ajoute à l’incompréhension. Et procure un sentiment indéfinissable d’inutile malaise dans un pays en proie par ailleurs à sa plus grave crise économique.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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