De l’opposition officielle

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Nous nous sommes réjouis de la reconnaissance de l’opposition comme acteur majeur du pluralisme politique chez nous. Quels que soient les sentiments qu’inspire la méthode, la désignation d’un leader officiel de l’opposition, avec les attributs et les privilèges reconnus à son rang devenu institution de la République, va dans le sens voulu pour un vivre-ensemble qui se passe des tensions comme mode de résolution des conflits.

Ceux-ci sont, bien souvent, générés par la frustration que créent le dénuement et la pauvreté face aux vainqueurs d’une consultation politique, installés dans la logique de tout avoir, tout se permettre, à côté d’une opposition réduite à la portion de simples braillards, d’aboyeurs sans dent. Presque des mendiants de magnanimités. Ou alors de faire-valoir, pour que même les victoires les plus contestées aient au moins les apparences de la compétition ouverte entre camps opposés. Espérons seulement que, désormais, l’opposition aura sa reconnaissance incise dans les marbres des joutes politiques à venir, quels qu’en soient les leaders affirmés, et quelles que soient les Constitutions.
Pourtant les premiers constats que nous donne à faire la politique ne nous incitent guère à l’optimisme.
- D’abord parce que, parée des habits neufs dont on la drape, notre opposition a du mal à justifier les privilèges éventuels dont elle jouit – dont elle devrait jouir. Les affaires de la République, notamment les procès qui se déroulent aujourd’hui, ne la trouvent pas en position de force de proposition et de contestation. Pourtant, il s’en passe des choses au Palais de justice !
- Ensuite, on a du mal à la voir dans une action unitaire d’approbation ou d’acclamation. De temps en temps, une déclaration isolée, un ballon d’essai : comme si nous devions encore attendre qu’elle se pince pour se convaincre qu’elle existe !
- Enfin, on le voit déjà dans les attaques au vitriol au sein de l’UPADS (notre article), notre opposition a le goût des joutes de stade. Entretenues à coups de vuvuzelas retournés contre ses gradins. Comme si, avec une opposition officiellement installée, nous ne savions plus faire la différence entre l’avant et l’après, tellement les choses changent pour ne pas changer. Ou que seule comptait la clameur, peu important contre qui elle est dirigée.
Pourtant, une chose est sûre: aux prochaines échéances électorales, les mêmes reprendront les bérets de leurs causes de revendication, dépoussiérées et remises au goût du jour. Car ce qui compte dans le combat politique congolais est de marquer sa place au moment où tout le monde regarde: après, cela n’a plus d’importance de dire si on est de la majorité présidentielle, du centre ou de l’opposition: un peu, tout le temps ou occasionnellement. Les rôles sont interchangeables. On sait que le propre des bonnets, rouges ou blancs, c’est de rester des bonnets à l’envers comme à l’endroit.

Albert S. MIANZOUKOUTA  

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