Vous avez dit «opposition»?

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Y a-t-il une opposition dans le pays? Poser la question de cette manière est un tantinet provocateur : nous savons bien que des formations politiques s’expriment contre le Gouvernement, que des plateformes tirent leur existence de la revendication à se démarquer de la majorité, que des personnalités battent le pavé pour critiquer le pouvoir, tenter de rectifier là où elles le jugent nécessaire. Sur le papier, elle remplit bien les cases à cocher pour vérifier les instruments d’identification qui obéissent aux standards de démocratie. Est dans l’opposition, dirait Lapalisse, celui qui n’est pas dans la majorité !


Donc, formellement, l’opposition congolaise existe bel et bien. Le statut de l’opposition vient même d’être incisé dans la Constitution, et Pascal Tsaty-Mabiala désigné comme leader de l’opposition légale. Dans ces colonnes, l’homme s’est même exprimé et a bien endossé ses habits de chef.
Pourtant, il y a dans l’air comme un indéfinissable sentiment d’incomplet. Est-ce parce que, face à la crise, l’opposition aussi donne l’impression d’attendre ce quelque chose qui débloquera l’économie? Nous sommes dans un pays tétanisé par la crise. Tout le monde attend ce qui fera redémarrer une machine grippée. Le FMI nous y aidera-t-il? Beaucoup l’affirment, mais l’homme de la rue semble blasé devant tous ces clignotants au rouge: inflation, taux de croissance, chômage, pensions, universités et étudiants à l’étranger… Tout le monde a quelque chose à récriminer.
L’opposition, elle aussi, se joint au chœur des jérémiades, ce qui ne contribue pas à re-soulever le moral. Car, tant qu’il s’agira de ressasser les accusations de gabegie, de corruption et de mauvaise gouvernance, le peuple sait se faire son opinion. Et même renvoyer dos à dos opposition et majorité. Car les uns ont été hier à la place où ils contestent les autres d’être aujourd’hui. Et les travers qu’ils dénoncent ne datent pas seulement de la dernière législature.
Dans ce journal, un homme de l’opposition, Christophe Moukouéké, qui s’est déjà fendu d’une tribune il y a deux semaines, donne sa part de vérité. Sur la situation du pays, sur l’opposition divisée: il s’exprime librement, quitte à donner l’impression de se répéter. La Semaine Africaine est le lieu d’expression des pluriels. Parce que nous restons convaincus que c’est la force centrifuge de tous les avis qui dessinera l’idéal du pays que nous voulons tous. Une opposition atone et une majorité en monologue sont appelées à s’exprimer. Nous leur donnons la parole.

Albert S. MIANZOUKOUTA