Un mois, deux dates, un destin

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Nous voici entrés dans les dates de douleur du mois de mars. Dimanche a marqué le 41è anniversaire de l’assassinat du Commandant Marien Ngouabi, président de la République. Et ce jeudi marquera celui des 41 ans écoulés depuis l’assassinat du Cardinal Emile Biayenda, archevêque de Brazzaville. Il n’est pas vain de faire mémoire de l’un et de l’autre drame, surtout parce qu’il y a un lien d’intimité de l’une à l’autre douleur ayant frappé deux hommes qui se vouaient une amitié non-feinte.

Citoyens et croyants tantôt plus l’un, tantôt plus l’autre mais en réalité également interpellés, font vœux de paix sur le sang versé de ces deux hautes personnalités de notre pays.
Nos mémoires sont meurtries et nos cœurs remplis d’une émotion toujours vive. Et nos suppliques ont, depuis lors, peu ou prou appelé que sur ces événements de grand traumatisme se dresse enfin l’édifice d’une convivialité qui se passe de violence pour résoudre des différends. Qui n’entraîne pas des réactions mécaniques «d’équilibrage des comptes» où la fibre ethnique serait exploitée. Y sommes-nous parvenus? Pas vraiment !
Car depuis 1977, le Congo s’est allègrement complu dans le recours aux moyens sanglants. Nous y avons plongé sans retenue. Nous y avons recouru sans grande hésitation. Comme si le mal, c’était la paix. Comme si son installation durable nous faisait courir le risque de rater une marche de l’histoire. Et que c’est elle – la violence -, le véritable moteur de notre développement tant recherché, tant théorisé, tant esquissé, tant rêvé. Comme si nous étions mal à l’aise quand nous passions une décennie sans tumultes. Un président et un cardinal furent immolés en mars 1977, respectivement le 18 et le 22 : leur sang nous parle-t-il encore? Toujours?
Ne nous habituons-nous pas, au fil des ans, à considérer ces deux actes d’une rare gravité comme deux événements à banaliser, des incidents de parcours seulement dans une nation en construction? Et nous, chrétiens, sommes-nous véritablement pénétrés du privilège insigne de compter avec le cardinal Biayenda un intermédiaire dans nos quêtes de foi? De compter parmi nous un modèle d’intégrale sainteté? Notre incessante demande à hâter le processus de sa béatification, est-elle alimentée de la conviction sincère de trouver dans notre Bon Cardinal un modèle d’inspiration pérenne?
Trop souvent nous nous comportons comme si nous voulions compter juste un héros de plus, et ignorions le sublime et radical message que son immolation nous adresse: suivre le Christ en tout (et pas seulement en partie);  vivre en hommes et femmes de paix; aimer au-delà de toutes différences d’ethnies ou de croyances. C’est en parvenant au contraire de tout ceci que nous considérerons dans toute leur incongruité les guerres que nous avons enchaînées, sous les motifs les plus dives, depuis 1977. Certaines d’entre elles ont même été revendiquées par des pseudos hommes de Dieu ou ont  impliqué des chrétiens: toutes ont été alimentées par les ingrédients que le Cardinal Biayenda abhorrait. Si donc, aujourd’hui, 41 ans après, ces lourds événements de mars pouvaient réfréner nos atavismes de division, alors le sacrifice d’un président et d’un cardinal nous parlerait différemment.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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