Les véreux et les autres

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Or, donc, la Justice congolaise se savait minée par des maux aussi graves que la corruption, la concussion, les abus de pouvoir, les obstructions et les conduites indignes. Le Conseil supérieur de la Magistrature vient seulement maintenant de se signaler par des décisions généralement saluées par l’opinion qui, elle, savait depuis longtemps à quoi s’en tenir. Des têtes sont tombées, d’autres tomberont, dit-on. Que la justice sévisse contre ceux des siens par qui le scandale arrive est salutaire. Qu’elle s’ébroue pour se débarrasser de ses brebis galeuses ne peut aller que dans le sens de l’assainissement. Car, qui dit la loi aux autres, doit commencer par la respecter.


Mais il serait naïf de croire que la corruption qui sévit dans les prétoires se retrouve confrontée à un cercle de vertu au-dehors. Le quotidien du Congolais, on le sait, est fait de petits ou grands compromis avec la règle et l’éthique. Il n’est pas jusqu’à nos corbillards qui ne réclament - leurs conducteurs – le petit quelque chose non-officiel mais parfaitement intégré dans les mœurs, et qui fait arriver plus vite et en plus grande sûreté  au cimetière. La santé, la police, l’école, les transports, la mairie et les différents services administratifs ont aussi leurs rouages graissés par la patte de qui sait y faire. C’est-à-dire de nous tous.
C’est pourquoi un magistrat qui dira correctement le droit mais qui est servi par une administration véreuse, rouage vertueux dans une machine grippée, sera vu comme un simple empêcheur de tourner en rond.  Le problème est donc d’ensemble. La Justice a besoin de s’appuyer sur l’éthique et la vertu, et ne pas se faire puissante pour n’écraser que les seuls faibles de toujours. Dans l’opinion, les radiations des  sept premiers magistrats véreux appelle des mesures de courage contre ceux qui sont passés entre les goûtes. C’est le président de la République qui a sonné la fin de la récréation. Une manière de dire que s’il n’avait pas parlé, nous aurions toujours parmi nous sept faux juges pour nous servir. Mais, ceux qui restent donnent-ils la garantie d’honnêteté et d’intégrité requise? Si la réponse est «oui », alors nous pouvons dormir tranquilles. Sinon, tout sera strictement comme avant.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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