Santé !

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De nouveau les rues offrent le spectacle faussement rassurant de la joie de vivre. Les buvettes et gargotes nous donnent à voir ces longues files de copains, que l’on dirait abonnés à vie, éclusant dès le matin bouteille de bière sur canettes de bière. C’est le signe, s’il en était, que les salaires «sont passés»; que l’on peut se remettre à respirer jusqu’à la lancinante prochaine question-ritournelle: «on a viré ?».

C’est-à-dire jusqu’au prochain salaire attendu dans l’appréhension. Comme si nous étions désormais assujettis à l’incertitude chronique des fins de mois, ou à la méfiance d’un Etat dont nous ne savons pas si un jour il ne nous annoncera pas que ses poches sont irrémédiablement vides et qu’il n’aura pas, un 10 ou un 20 du mois, les ressources suffisantes pour virer les salaires… du mois précédent!
Mais ne parlons pas de cauchemar pour une question qui, au fond, concerne tout le monde. L’Etat a des ressorts suffisants – ne me demandez pas lesquels – pour trouver chaque mois de quoi gonfler d’aise les files des «éclusiers» publics de bière. Reste la question de savoir s’il est sain pour une nation d’afficher comme indicateur de santé économique des consommateurs matinaux d’alcool. Il est certain qu’ils révèlent un pouvoir d’achat nous classant dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire et non-miséreux, mais est-ce une gloire ?
S’agit-il de rêver de mieux en nous noyant ensemble dans l’alcool? Ou de volontairement chercher à perdre la notion d’une réalité dure à supporter? Parce qu’il est exclu de soutenir que ces vastes consommations publiques de bière répondent à un besoin plus affirmé de socialisation. Car, alors, se noyer en bandes reviendrait presqu’à un crime organisé. A participer: vendeurs, consommateurs et passants indifférents ensemble avec un Etat qui feint le contentement, à un suicide en groupe dont nous devons impérativement rechercher les motivations profondes. Le tout dans un contexte qui voit nos hôpitaux se transformer en mouroirs et dans une explosion de maladies comme le diabète et les AVC, dont le lien avec la bière n’est peut-être pas établi mais qu’on ne peut pas formellement écarter. Santé quand-même!


Albert S. MIANZOUKOUTA

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