En mode tango

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Si nous étions des Argentins, nos tentatives démocratiques nous auraient fait exceller aux concours de tango. Deux pas en avant, trois pas en arrière: telle est la caractéristique de ce qui se voit ici et là à l’issue de nos élections. Le Kenya nous en administre une leçon de maestro. Il y a trois semaines, ce pays avait fait la fierté y compris de ceux qui n’osent pas dire à haute voix tout le désagrément que leur causent les issues arrangées des processus électoraux.

La règle avait  toujours été jusqu’ici celle d’un président sortant qui ne sort pas et d’une opposition dénonçant, toujours, sa défaite en l’attribuant invariablement à de la triche. Et cela, même quand elle avait été associée, de bout en bout, à tout le processus préparatoire et que les observateurs de l’Union africaine avaient décerné leurs attestations de conformité sur papier glacé.
Un président-candidat toujours vainqueur et une opposition hargneuse toujours de mauvaise foi: tel était le scénario immuable. Jusqu’à ce que la Cour suprême du Kenya vienne briser la règle un premier jour de septembre. En inversant les résultats d’un vote attribué au président et en recevant les réclamations de l’opposant. L’Afrique se remettait à croire qu’on ne gagne pas forcément une élection pour l’avoir organisée et contrôlée de bout en bout!
Mais cet espoir a été de courte durée puisque nous sommes bien vite retournés à nos vieux démons, en sens renversé. C’est l’opposition, sortie moralement triomphante du scrutin kenyan pourtant, qui assure l’élection sans adversaire du président. Deux pas en avant, trois pas en arrière: nous retrouvons le schéma classique d’une typique élection à l’africaine. L’opposition va hurler à la fraude, encore une fois;  le président va assurer qu’il s’est plié aux plus drastiques des exigences et jusqu’à l’humiliation de se voir imposé un deuxième tour. Il sera triomphalement élu faute d’adversaire et la démocratie attendra.
Les Kenyans resteront divisés comme ils l’étaient avant le vote (voir page 7). Parce que chez nous tous, en Afrique, une l’élection n’est démocratique que si c’est un des nôtres qui la gagne. Tous les autres, par définition, ne sont que des tricheurs et des non-démocrates.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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