Les lignes bougent

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La rencontre du Chef de l’Etat avec les sages et les notables du Pool souligne au moins la volonté convergente de sortir de ce qu’il est convenu d’appeler la crise du Pool. Nous sortons du déni et de la  phraséologie visant à minorer ou même justifier l’activisme insensé de Frédéric Bintsamou. Le Pool est aujourd’hui un département ravagé, avec des populations rendues encore plus pauvres par la paralysie de ses principaux axes routiers. Le Président de la République a parlé de «dialogue» dans son message à la Nation du 14 août dernier.  Mardi, il a multiplié les signes de bonne volonté et les assurances: «Personne ne sera tué»!


La perche est tendue à Ntumi; elle l’est aussi à la Nation dans son ensemble. Nous n’en sommes plus à traiter cette question par le classique haussement d’épaules («c’est leur problème!»)  pour enfin nous saisir d’une anomalie en République: un citoyen ne peut prétendre à plus de démocratie en usant d’armes et en tuant ses proches. Il ne peut mettre une région, fût-elle celle de sa naissance, à feu et à sang, sous le prétexte qu’il a plus de raisons (lesquelles? demandent d’ailleurs nos Evêques) de se penser plus marginalisé ou plus en devoir de protester contre une situation d’ensemble. Et de le faire en suffoquant ce qu’une région avait de plus dynamique, sa  population rurale et son peu d’infrastructures, n’ajoute pas de circonstances atténuantes à l’horreur qui se vit.
Le Pool souffre, le Congo souffre des exactions des Ninjas. Le Pool souffre, le Congo souffre des exactions de la Force publique se donnant le prétexte de la traque d’un rebelle, pour rançonner et piller les pauvres hères qui ne savent plus à quel saint se vouer. Ajouter à l’exaspération, c’est offrir une cause aux séides de Ntumi; c’est contribuer à prolonger une souffrance dont nous demandons tous l’abrogation.
Dans ce numéro, nous lirons avec profit les considérations de Mgr Louis Portella Mbuyu, aux côtés du travail de notre reporter, Cyr Yabbat-Ngo (Pp 3 et 5). Mais nous pourrions aussi utilement lire la réflexion d’un ancien ministre des Affaires étrangères, M. Dieudonné-Antoine Ganga, sur le thème trop souvent galvaudé de la paix. Car ce qui manque au Pool aujourd’hui et que ne garantissent pas les errements du moment, c’est bien la paix.
Dans ce numéro aussi, vous découvrirez notre nouvelle rubrique hebdomadaire «Littérature et Histoire». Elle paraîtra tous les vendredis. Lecas Atondi Monmondjo, homme de lettres, y scrutera des pans du passé et des personnages historiques congolais, africains, restés dans la pénombre. Leur découverte ou redécouverte ne manquera pas, nous en sommes sûrs,  de vous faire comprendre les injustices de l’Histoire et ses distorsions fâcheuses cachées, intentionnellement ou non. Bonne lecture!

Albert S. MIANZOUKOUTA

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