Indépendances

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Brusquement, l’actualité vient nous rappeler une source de conflits d’interprétation inattendue, où le droit international piétine allègrement le droit des peuples. Ce qui allait de soi hier ne va plus de soi aujourd’hui. Dans la Charte de l’ONU, le droit des peuples à réclamer leur indépendance figure en bonne place. Et tout au long du siècle dernier, ce principe a guidé l’action et la diplomatie mondiales. Etait déclaré colonisateur celui qui s’opposait à octroyer son indépendance à un peuple asservi, et consacrée guerre de libération toute action violente visant, d’un tel peuple, à forcer son destin. La ligne entre le droit et le devoir en cette matière semblait claire.


Elle n’a pourtant cessé de se brouiller depuis la vague des indépendances africaines octroyées des années 1960 ! Car réclamer son autonomie est devenu un acte qui fait froncer les sourcils jusqu’à l’ONU. Des bombes s’abattent sur des peuples qui se veulent indépendants, et nous vivons dans l’angoisse de l’issue de cette lutte entre droit international et droit tout court.
Jusqu’où des peuples doivent-ils se considérer comme libres de réclamer leur liberté? Pour des Erythréens qui se sont séparés – à l’amiable – des Ethiopiens ; pour des Sud-Soudanais ayant arraché – dans le sang - leur détachement du Soudan, combien des peuples  l’Histoire fait-elle trépigner d’impatience dans l’antichambre de l’indépendance?
Et, d’ailleurs, ces deux exemples sont assez emblématiques des dérives que peut entraîner une indépendance réclamée et obtenue sans rien d’autre derrière qu’une féroce envie d’asservir à son tour son propre peuple : «c’est quand la fin de l’indépendance?», s’interrogeait ingénument cette vieille maman que campe Amadou Kourouma, accablée par les saveurs aigres des premiers instants de liberté.
Aujourd’hui, les Kurdes réclament leur indépendance de l’Irak. Les Catalans réclament leur indépendance de l’Espagne. Les anglophones camerounais veulent, eux aussi,  se détacher du Cameroun francophone. Partout, des aspirations légitimes à la liberté ; partout un embarras identique de l’ONU à trancher. Comme si les indépendances étaient devenues une bombe à manipuler avec précautions. Dans l’attente que le Droit international se réécrive ou que, méthode Coué, les astres s’alignent sur la volonté pacifique des peuples à accepter leur sort.

Albert S. MIANZOUKOUTA

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