Carton rouge

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Sous le coup de la pression démographique, la pression immobilière dans nos villes devient elle aussi une réalité qui s’étale aux yeux de tous. Dans nos familles, les litiges fonciers sont devenus légion. Les partages d’héritages se transforment en pugilats gigantesques dès lors que le bien à prendre en héritage inclut un terrain, bâti ou non. Tel un mantra, des murs de nos parcelles proclament, péremptoires : «Cette parcelle n’est pas à vendre. Attention: huissier §». Entendez : un litige est en cours de jugement ici, qui se laissera aller à traiter avec une partie de la famille aura droit au huissier de justice Et donc à la rigueur de la loi. Voire !


La loi n’est plus une menace désormais que pour les petites gens. Les grands eux, – les «sais-tu qui je suis?» -, ont leurs entrées au palais de Justice Ils savent contourner les lois et les règlements pour les avoir toutes en leur faveur. Leurs avocats, rompus à l’art du jeu de manches, trouvent toujours la ficelle qui fera en sorte que le dossier le mieux ficelé deviendra, en leurs mains, de l’eau de boudin. La loi, on le sait, est de rigueur contre les ennemis et les faibles : pour les amis, elle s’interprète. Toujours.
C’est pourquoi l’Etat n’a plus la force morale qui lui rappellerait sa responsabilité à incarner l’impartialité qu’exigent la justice et la loi. Plus aucune volonté de s’élever contre les passe-droits et les abus ; et l’homme de la rue sait son impuissance devant cet état des faits. Le Stade Marchand se meurt, rongé de partout par la spéculation immobilière qui le transforme en une peau de léopard du plus mauvais effet, ainsi que le raconte notre reporter en page 15 . La ville regarde, impassible, la dilapidation de son patrimoine le plus emblématique. Il s’agit ici d’un terrain de sport, voué aux joies et aux saines émulations de notre jeunesse. Mais combien, pour un cas aussi connu et emblématique, de réserves forestières, d’immeubles publics, de véhicules, de pans de rue, de places stratégiques ont ainsi été sacrifiés à l’autel de l’insouciance ! Combien de situations scandaleuses où le Bien public a été spolié sans que nous n’en sachions jamais rien!  Le Stade Marchand, c’est paradoxal, est peut-être l’occasion de nous rappeler que public et privés ne sont pas exactement une seule et même chose, et que puiser dans du public pour alimenter du privé c’est, au moins, carton rouge !

Albert S. MIANZOUKOUTA

Informations supplémentaires