Serions-nous pris au sérieux?

Note utilisateur:  / 1
MauvaisTrès bien 

Si déjà nous ne maîtrisons pas la distribution d’eau et d’électricité à nos habitants, en ville comme à la campagne, leur assurer un accès permanent et sans cesse amélioré aux produits de consommation courante comme le gaz et le carburant dans une société moderne, il serait difficile qu’on nous prenne au sérieux, en demandant de sortir d’une zone monétaire qui fait la preuve de sa stabilité, pour entrer dans une monnaie propre qui suppose un apprentissage de sa gestion qui peut prendre du temps, avec les risques d’échec que cela suppose.


En effet, la monnaie est un instrument de souveraineté, encore faut-il en avoir la maîtrise, bien la défendre contre toute attaque (circulation de faux billets, etc) pour en tirer le plus grand profit au service du développement du pays. Autrement, cela ne reviendrait qu’à aggraver le martyr des peuples qui ne savent pas comment défendre leurs droits élémentaires, face à des gouvernants qui trouvent normal que l’eau courante peut venir à manquer des semaines durant dans des quartiers, car cela ne constitue pas un sujet de préoccupation qui devrait agacer un gouvernement tout occupé à traiter des grands dossiers.
Pourquoi ne cherchons-nous pas alors à lancer nos propres satellites autour de la terre, pour maîtriser nos télécommunications et échapper ainsi aux écoutes des services de renseignements des pays occidentaux, à ouvrir nos propres usines de fabrication d’automobiles pour les adapter à nos routes défoncées et non entretenues, à fabriquer nos boîtes de conserve pour les mettre au goût de notre art culinaire, etc? N’est-ce pas que nous devons réfléchir à tous ces problèmes pour être véritablement indépendants et souverains comme les Japonais ou les Chinois?
Nos pays africains n’ont pas encore achevé leurs chantiers politiques de transition démocratique qu’il serait hasardeux d’ouvrir des chantiers complexes comme la création d’une monnaie souveraine. Au plan social, ils n’ont pas encore atteint la justice sociale qui passe par la délivrance de toute la société du joug de la pauvreté et de l’ignorance. Tout compte fait, ce qui est fondamental, c’est la capacité des Africains à créer et respecter les normes qu’ils fixent dans la gestion du bien commun. Il n’y a pas de miracle pour s’assumer véritablement dans une société moderne qui se nourrit de développement et de progrès. Autant la norme démocratique a du mal à s’incruster dans notre culture politique, autant il est risqué de donner à des régimes tout préoccupés par leur propre survie, des instruments de souveraineté qui se transformeront rapidement en instruments d’exploitation ou d’asservissement des peuples. Lorsque l’ancien Président américain, Barack Obama, avait dit que l’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts, une partie de l’élite africaine l’a sévèrement critiqué. Mais, posons-nous la question: un instrument de souveraineté comme la monnaie totalement aux mains d’un homme fort, comme on aime à les pontifier sur le continent, est-ce le gage du développement des pays africains? L’exemple de Mobutu dans l’ex-Zaïre ou, plus proche de nous, celui de Robert Mugabe au Zimbabwe peuvent nous aider à réfléchir.
Bien sûr, il y a des exemples, sur le continent, de pays dont les systèmes économiques fonctionnent avec leurs propres monnaies, comme les pays anglophones. Mais, ici, la comparaison ne doit pas occulter les traditions et les expériences forgées dans les cultures des peuples concernés. Il serait insensé de croire qu’un simple copier-coller suffit pour réussir. La RD Congo a beau avoir une monnaie souveraine, ce pays ne me paraît pas être un exemple socio-économique que le Congo peut suivre sur ce plan, quand on voit le fossé entre la classe bourgeoise et l’immense partie de la population confrontée à la pauvreté, à l’ignorance et à l’insécurité, des phénomènes dus aux faiblesses d’un Etat qui peine à s’affirmer comme il se doit sur toute l’étendue du territoire national. Les économistes expliqueront par ailleurs que l’économie de la RD Congo a comme valeur refuge le dollar américain. Ce qui signifie que l’instrument de souveraineté ne l’est qu’en apparence. A chaque fois qu’une crise politique majeure pointe à l’horizon, on a tendance à abandonner la monnaie nationale pour trouver refuge dans les devises internationales. Quoique critiquable et probablement appelé à s’améliorer pour bien servir le développement de nos pays, le Franc Cfa a l’avantage, pour l’instant, de ne pas soumettre l’autorité monétaire à la volonté d’un homme fort. Cela garantit une stabilité monétaire qui atténue les souffrances engendrées par les dysfonctionnements économiques à l’origine des phénomènes de pénurie qui rendent notre vécu quotidien si pénible qu’on se demande à quel siècle aurons-nous un accès permanent à l’eau courante dans nos villes et nos campagnes. Le domaine de la santé est celui qui démontre combien nos élites dépendent des structures sanitaires étrangères, que nous sommes incapables de gérer chez nous. Nous pouvons beau avoir des monnaies souveraines, si les informations sensibles sur la santé de nos dirigeants sont stockées dans des hôpitaux occidentaux, il y a lieu de prendre conscience de la fragilité de nos systèmes étatiques.
De mon point de vue, la problématique se pose sur notre capacité à accéder à l’indépendance économique, la véritable qui complète celle acquise sur le terrain politique; l’indépendance économique qui induit notre capacité à satisfaire nos besoins fondamentaux par nos propres productions, avant d’échanger avec les autres. Tout un programme, toute une capacité d’organisation! Pour l’instant, poursuivons nos balbutiements sur le chemin de la démocratie où l’on attend de nous voir atteindre un stade où les élections ne donnent plus lieu à des déchirements sanglants sur la question du pouvoir, comme on vient de le voir cette année encore au Gabon.

Joachim MBANZA

Informations supplémentaires