Un dialogue, pour une démocratie électorale apaisée et rassurante?

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Le Congo-Brazzaville a passé deux septennats paisibles (2002-2009/2009-2016), consacrés particulièrement à la construction de ses infrastructures de base, grâce à la manne pétrolière. Le pays a même enregistré des avancées significatives en matière de lutte contre la pauvreté, d’éducation et de santé, même si beaucoup reste à faire.

Pendant douze ans (2004 à 2016), il a mené un programme de municipalisation accélérée de ses départements, qui a transformé l’intérieur du pays. On peut prendre pour preuve que tous les chefs-lieux de départements, devenus des communes de plein exercice, donc des villes à part entière, sont reliés à la capitale par des voies goudronnées, à l’exception d’Impfondo, dans le département de la Likouala. Pendant ces deux septennats, en dépit parfois des tiraillements politiques entre le pouvoir et l’opposition, rares ont été les cas d’interpellation d’acteurs politiques.
La nouvelle République, née de la volonté de changer la Constitution de 2002, a malheureusement démarré sur fond de crise multidimensionnelle. Sur le plan économique, la chute des prix du baril en 2014 a engendré une crise aggravée par les faiblesses de gouvernance publique que le pays doit s’atteler à corriger. Au plan politique, les querelles autour du référendum constitutionnel et de l’élection présidentielle anticipée ont engendré une crispation entre l’opposition et le pouvoir, dont le pays a du mal à tourner la page. Les affaires politico-judiciaires se sont multipliées, alors qu’à côté, la crise du Pool nous meurtrit. Frustrations et peur sont des sentiments de plus en plus partagés dans une bonne partie de l’opinion. Bref, toutes ces affaires empoisonnent le climat politique national, alors que le pays est confronté à une sévère crise économique que le gouvernement devrait s’atteler à juguler.
Au contraire des deux septennats passés, le premier quinquennat de la nouvelle République, qui a démarré le 16 avril 2016, avec la prestation de serment du Président élu, laisse les Congolais inquiets sur l’avenir, ne sachant pas de quoi sera fait demain.
On scrute l’horizon et rien de rassurant ne semble pointer. Même L’initiative du vivre-ensemble a du mal à prendre de l’envol.
Cette année se tiennent les élections législatives, locales et sénatoriales. L’élection présidentielle, quant à elle, se tiendra, au plus tard, mars 2021. Pour réussir ces rendez-vous politiques nationaux, beaucoup espèrent une décrispation du climat. C’est dans ce contexte que, prélude à ces élections, le Ministère de l’intérieur a annoncé la tenue d’un dialogue à Ouesso, dès début mars, à la suite d’une concertation avec la classe politique. L’initiative suscite déjà des interrogations: que va changer ce dialogue de plus, quand on sait que les conclusions des premiers dialogues ne sont pas totalement appliquées?
Avant de lancer l’initiative de Ouesso, le gouvernement aurait pu, d’abord, prendre connaissance, en conseil des ministres, du rapport du comité ad hoc de suivi des recommandations de Sibiti, pour faire le point des recommandations déjà mises en œuvre et celles qui restent, en matière d’organisation des élections. Par ailleurs, le redécoupage électoral est un point sensible qui cristallise l’attention de la classe politique et qui nécessite une approche pédagogique pour l’aborder, afin que tout le monde s’y retrouve.
L’initiative du dialogue de Ouesso est à saluer, malgré tout, surtout que l’opposition appelle tout le temps au dialogue. Mais, cela n’épargne pas le gouvernement de faire son auto-critique sur l’organisation des votes, sujet brûlant qui oppose toujours la classe politique, afin de tirer les leçons qui s’imposent. Autrement, on fera toujours du surplace, sans avancer réellement.  Le Congo a besoin d’une démocratie électorale apaisée et rassurante. Les calculs consistant à s’aménager des avantages ont des limites. L’opinion devient de plus en plus exigeante que l’organisation des votes doit prouver que celui qui est proclamé vainqueur a bel et bien gagné dans les urnes, suivant un processus électoral transparent et équitable.

Joachim MBANZA

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