Ne pas faire de la chute du prix du baril une excuse!

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C’est de la responsabilité régalienne de l’Etat de voter son budget, de l’exécuter de l’adapter au contexte, pour ne pas se retrouver en faillite. Le budget de l’Etat est une loi qui encadre les activités annuelles liées à la collecte des recettes et à la réalisation des dépenses publiques. En cas d’insuffisance de ressources, l’Etat peut ajuster son budget, au moyen de l’endettement et, dans le cas contraire, placer ses excédents où cela peut lui rapporter. Dès lors que la loi financière est promulguée, elle est exécutable. Ce qui signifie que les opérations financières des différentes institutions et services de l’Etat se réalisent dans le cadre de la nouvelle loi financière.


Le gouvernement a doté le pays d’un budget équilibré, grâce à ses recettes de trésorerie. En effet, d’un montant total de 2.744 milliards de francs Cfa en recettes et en dépenses, le budget de cette année n’est alimenté en recettes directes qu’à hauteur de 1680,535 milliards de francs Cfa, dont les recettes pétrolières attendues ne s’élevant qu’à hauteur de 475,865 milliards de francs Cfa. Ainsi, les recettes pétrolières ne constituent même plus 50% des recettes totales de l’Etat, cette année. Devant l’insuffisance des recettes publiques, le gouvernement a recouru aux réserves de trésorerie, pour combler le déficit budgétaire qui est de l’ordre de 622,212 milliards de francs Cfa. Ce qui signifie que l’Etat a les moyens, tout au moins sur le papier, de faire face à ses dépenses.
Or, le budget a été construit sur l’hypothèse d’un prix du baril congolais à 38,58 dollars (contre un brent à 42,09 dollars). On sait que depuis le début de l’année, le brent est au-delà de 50 dollars. Ce qui signifie que le baril congolais tourne autour de 47 dollars. Avec un tel niveau du prix du baril congolais, la donne budgétaire du pays change, même avec une production attendue de 93,503 millions de barils de pétrole en 2017.
Pour atteindre ses objectifs budgétaires, l’Etat devrait gérer environ 230 milliards de francs Cfa par mois. Ce qui est dans l’ordre du possible avec ses différentes recettes. Après tout, toutes les dépenses (fonctionnement et investissement) ne sont pas faites au même moment.
Le budget 2017 comporte un chapitre des dépenses de transfert et interventions de 360 milliards de francs Cfa, répartis comme suit: 80 milliards de F.Cfa pour les élections; 37 milliards 544 millions de F.Cfa pour les bourses; 68 milliards de F.Cfa pour les institutions démocratiques (dont beaucoup ne sont pas encore mises en place); 85 milliards 207 millions de F.Cfa de subvention aux établissements publics et 72 milliards 911 millions de F.Cfa pour les interventions. Prévues à hauteur de 451 milliards 100 millions de F.Cfa, les dépenses du personnel prennent en compte le relèvement de la valeur du point d’indice à 300 et devraient se décliner à un rythme de 37,6 milliards de francs Cfa par mois.
Il y a lieu de dire que, cette année, le Congo s’est doté d’un budget réaliste, qui permet de sortir du climat de crise ou de morosité qui prévaut depuis l’année dernière. L’Etat devrait être à même d’assurer les budgets de fonctionnement de ses différents services et institutions. Or, paradoxalement, on est toujours dans un climat de crise financière qui a même tendance à s’aggraver. L’Etat n’arrive pas à financer ses services courants. Sommes-nous toujours en crise ou prend-t-on prétexte de la crise pour détourner l’Etat de ses responsabilités? Car, priver les institutions de leurs budgets de fonctionnement n’est pas un principe de gestion publique, plutôt une démission ou une dérobade. Très peu de Congolais ne comprendront pas que l’année de la rigueur et de la vérité soit celle où le budget de l’Etat ne soit pas appliqué à la lettre. S’il accuse un déficit, le gouvernement devrait faire preuve de vérité, en le réajustant. Vérité et rigueur ne permettent pas à faire autrement. Mais, l’on comprend sans doute que les préoccupations que soulève Pascal Marcellin Okombi, dans sa réflexion en page 15, sont peut-être les véritables maux qui affectent la gestion publique. Dans son discours, à l’occasion du 56e anniversaire de l’indépendance nationale, en août 2016, le Président de la République,  Denis Sassou-Nguesso, affirmait, solennellement: «L’avenir du Congo dépend, donc, de la capacité de son peuple et de ses dirigeants à opérer des réformes qui permettent au pays de s’affranchir de sa dépendance du pétrole, du chômage des jeunes, de la répartition encore inégale des richesses nationales et de tous les maux inhérents au sous-développement». Comme quoi, le ton, le rythme et la cadence étaient déjà donnés!

Joachim MBANZA

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