Il faut en tirer le ferment de notre progrès démocratique

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La visite effectuée dans la capitale par le secrétaire d’Etat du Vatican, le Cardinal Pietro Parolin, est à n’en point douter un repère important de notre histoire. Le Congo est indépendant avec un Président issu du clergé catholique. Celui-ci choisit expressément la date du 15 août, fête de l’assomption (l’élévation de la Vierge-Marie au ciel), pour la proclamation de l’indépendance du Congo en 1960.

Il aura fallu pourtant attendre un Président baignant dans l’idéologie marxiste, et donc athée, pour que le Congo noue des relations diplomatiques avec l’Etat du Vatican.  Chrétien baptisé à Dolisie, le Président Denis Sassou-Nguesso ne laissera pas l’idéologie marxiste qu’il épouse balayer sa foi religieuse. En 2000, il fait un geste qui devient un repère de ce que la terre congolaise demeure croyante.
En 2017, alors qu’une certaine crispation marque le climat politique ambiant, en dépit des initiatives comme le vivre-ensemble, la visite du secrétaire d’Etat du Vatican est venue sonner l’heure de la décrispation, pour peu que nos dirigeants politiques soient réceptifs à son exhortation. Le Congo, notre pays, est béni de Dieu et la majorité des Congolais en sont convaincus. Si elle est respectée et appliquée intégralement, la nouvelle Constitution, qui a aboli la peine de mort (un grand progrès à saluer) est de nature à renforcer le vivre-ensemble. Prenons l’exemple de son article 9: «La liberté de la personne humaine est inviolable. Nul ne peut être arbitrairement accusé, arrêté ou détenu. Tout prévenu est présumé innocent, jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie à la suite d’un procès juste et équitable, garantissant les droits de la défense. Les droits de la victime sont également garantis».
Que voyons-nous, dans la réalité, particulièrement ces derniers temps? A chacun d’en juger. Autant dire que l’écrire dans une Constitution ne suffit pas pour qu’il en soit ainsi. Encore faut-il que notre appareil judiciaire soit réformé, pour l’adapter à l’esprit de la nouvelle Constitution. La réforme, c’est ce que prône le Chef de l’Etat. Mais réformer n’est pas facile, car il s’agit de quitter de vieilles habitudes, pour en épouser de nouvelles, mettre en place de nouvelles méthodes de travail, adaptées au nouveau contexte. Souvent, «chasser le naturel, il revient au galop». L’homme a tendance à ne faire que d’habitude. Sous le parti unique, des citoyens étaient emprisonnés pendant des années sans jugement. Cette culture semble nous avoir rattrapés, au regard de ce qu’on vit aujourd’hui. D’où la crispation du climat politique.
«Toute personne arrêtée est informée du motif de son arrestation et de ses droits dans une langue qu’elle comprend. Tout acte de torture, tout traitement cruel, inhumain ou dégradant est interdit. Le pouvoir judiciaire, gardien des libertés individuelles, assure le respect de ce principe dans les conditions fixées par la loi», édicte l’article 11 de la nouvelle Constitution. Le jour où ceci sera respecté et appliqué, on dira que le Congo est devenu un paradis, car la justice n’est pas un pouvoir de vengeance, et surtout pas de vengeance politique, c’est un pouvoir de sanction, de réparation, de rééducation et de réinsertion sociale.
Mais, il n’y a pas à désespérer, car à entendre des voix comme celle du Cardinal Parolin retentir devant ceux qui nous dirigent, pour rappeler les valeurs fondamentales qui élèvent l’être humain, il y a de quoi nourrir son espérance sur l’avenir d’un vivre-ensemble fraternel et chaleureux au Congo. «Vivez dans la paix et le dialogue, cultivez la tendresse de Dieu, sa compassion et non les rancœurs et la haine; le partage et non l’égoïsme, la solidarité et non l’indifférence, maladie de notre temps où chacun pense à lui-même… Résistez donc à la tentation de l’indifférence et de l’égoïsme. Que le bien de l’autre soit votre bien et que le malheur de l’autre soit votre malheur».
Il faut maintenant espérer que la parole du prélat ne soit pas comme les graines qui tombent sur un terrain rocheux. Il faut en tirer le ferment de notre progrès démocratique, pour crédibiliser notre pays.

Joachim MBANZA

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