Détendre le climat politique, pour un processus électoral apaisé

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Depuis le processus électoral lié au référendum constitutionnel et à l’élection présidentielle anticipée, la détente tarde toujours à voir le jour au sein de la classe politique. Les récentes affaires liées aux arrestations renforcent les suspicions et la méfiance s’agrandit. Nous sommes tous pour la justice. Aucun Congolais ne doit être au-dessus de la loi. Mais, lorsque la loi ne frappe que dans un sens, cela suscite des inquiétudes chez une bonne partie des compatriotes. Les dossiers de lutte contre la corruption, l’enrichissement illicite, les détournements de fonds publics, les affaires d’enlèvement, de détention illégale, de torture, de disparition forcée ne connaissent pas ou très rarement de suite judiciaire.


L’année qui a commencé nous conduit droit aux élections législatives, locales et sénatoriales, en plus de la mise en place des institutions prévues par la nouvelle Constitution. Les périodes électorales s’accompagnent, souvent, d’une fébrilité pouvant générer des différends, des incompréhensions et pourquoi pas des conflits. Notre pays doit avancer et montrer sa capacité à assimiler pacifiquement la vie démocratique dans ses principes fondamentaux de transparence électorale et d’alternance. Vérité et rigueur peuvent nous y aider effectivement.
L’enjeu des futures élections est de taille dans le contexte du régime semi-parlementaire où le Premier ministre est issu de la majorité à l’assemblée nationale. A défaut d’une rupture dans la continuité, les Congolais opteront-ils pour la rupture par l’alternance gouvernementale? La cohabitation entre un Président de la République issu d’une famille politique opposée à celle de son Premier ministre est-elle envisageable dans le cas du Congo? Que se passerait-il si un tel scénario se produit, dans un contexte d’absence de dialogue politique et où les principaux camps se regardent en chiens de faïence, chacun ruminant sa haine de voir disparaître l’autre pour «régner» tranquillement sur le pays?
Le référendum constitutionnel a failli occasionner le déchirement du tissu national. L’éruption du volcan insécuritaire dans le Pool où les braises n’étaient pas totalement éteintes est l’avatar d’un système politique qui n’arrive pas à faire du dialogue un mode de fonctionnement ordinaire destiné à se comprendre mutuellement et à créer un consensus national pour donner à l’Etat toute la force morale de flétrir les anti-valeurs qui font tant de mal à la vie démocratique nationale. Or, nous savons tous que le fait de dresser des camps qui ne se parlent pas sur ce qui nous est essentiel fait courir d’énormes risques de violence au pays, comme on l’a vu dans le passé. Il est vrai qu’il y a eu des consultations présidentielles, le dialogue national de Sibiti, mais la réplique du dialogue de Diata a montré combien notre classe politique est divisée.
En ce qui concerne la question capitale de l’organisation des élections, on est tous d’accord qu’un niveau satisfaisant de performance doit être atteint. En effet, au regard des enjeux des futures élections, la transparence électorale doit être plus que jamais un facteur d’apaisement. Cela commence par la confiance que doivent inspirer les personnalités en charge de l’organisation des scrutins, en plus de leurs compétences et expériences en la matière. Leur vision de la démocratie doit être le gage des valeurs qui les animent en tant que démocrates convaincus.
Les passages en force et autres calculs politiciens sur base d’ethno-centrisme doivent être des pratiques révolues. Mais, pour qu’il en soit ainsi, le climat politique dans le pays est déterminant. On ne peut tenir de bonnes élections dans un climat de méfiance, de peur, d’inquiétude, de soupçon, de frustration, de marginalisation des autres, de manque de dialogue, d’intransigeance dans les attitudes, etc. En revanche, la confiance, la compréhension mutuelle, l’entente, le respect des valeurs et des lois, le dialogue, la justice, etc., créent un climat propice à l’organisation de bonnes élections.
C’est donc ensemble que les fils et filles du pays parviendront à construire un système de gestion démocratique qui bannit la haine et les comportements revanchards. L’essence de la politique doit être de concourir au bien de tous et non de servir des ambitions démesurées se traduisant par des drames au sein des populations. La lutte contre les anti-valeurs à laquelle nous sommes tous appelés à nous mobiliser concerne, en tout premier lieu, ceux qui aspirent à la gestion des affaires publiques, c’est-à-dire les acteurs politiques, condamnés à donner l’exemple. Non pas seulement à travers les discours, mais surtout par leurs actes et leur comportement. Nous pouvons faire de la rigueur et de la vérité des concepts sur la base desquels on peut délivrer le pays de l’emprise des anti-valeurs.

Joachim MBANZA

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