Pas de vivre ensemble, sans respect des droits et libertés garantis aux citoyens

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Parlons vivre ensemble! C’est le concept à la mode ces derniers temps. Que faut-il y attendre? A mon avis, le vivre ensemble, loin d’être confiné à une entente politique, renvoie au respect des droits, libertés et devoirs du citoyen, tels que définis par la Constitution. C’est une donnée fondamentale dans la promotion du vivre ensemble. En tant qu’institution supra jouissant du monopole de la puissance publique et de son exercice, l’Etat est le garant des droits et libertés garantis aux citoyens, sans distinction, par la Constitution. Il est en même temps bénéficiaire des devoirs auxquels les citoyens sont tenus, de par la Constitution.

 

Mais, l’Etat est lui-même dirigé par une équipe de citoyens ayant acquis le pouvoir de le diriger et donc d’exercer son autorité, suivant les mécanismes prévus dans la Constitution et dont la réalisation confère la légitimité à l’exercice du pouvoir d’Etat.
L’exercice du pouvoir d’Etat est rendu complexe par le démembrement institutionnel et administratif de l’Etat. La loi définit toujours le champ d’action de l’exercice d’un pouvoir ou d’une autorité. Comme nous ne pouvons plus réinventer la roue, il est un acquis historique des philosophes européens, John Locke et Charles de Montesquieu, que «c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser». Les abus de pouvoir, les abus d’autorité, les passe-droits, l’arbitraire, etc, se produisent à divers niveaux de l’exercice de l’autorité de l’Etat, se traduisant par le non-respect des droits et libertés du citoyen et, pour être simple, le non-respect des droits de l’homme.
D’où l’invention de la théorie de la séparation des pouvoirs dont ces philosophes sont les initiateurs, afin d’éradiquer l’arbitraire et neutraliser les abus, suivant le principe: «Le pouvoir arrête le pouvoir». John Locke l’évoque déjà dans son «Traité du gouvernement civil» publié en 1690. Charles De Montesquieu en parle dans son célèbre ouvrage, «De l’esprit des lois»: «Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir».
En consacrant le principe de la séparation des pouvoirs, la Constitution congolaise a posé les jalons du respect, par l’Etat lui-même, des droits et libertés garantis aux citoyens, tout en soumettant ceux-ci au respect de leurs devoirs vis-à-vis des autres citoyens, de l’Etat et de la communauté nationale.
Le vivre ensemble ne saurait être une donnée en l’air ni un condiment destiné à aromatiser les discours politiques. Il devrait être une réalité se vivant et se construisant dans un contexte social caractérisé par le respect des valeurs, des principes et des normes juridiques produits par la société elle-même, suivant son histoire, ses traditions, son génie créateur et la forme de son pouvoir étatique.
En sortant de la colonisation, nous avons choisi la République, propriété collective de tous, dont le pouvoir se fonde sur le droit et où tous les citoyens sont égaux devant la loi.
C’est lorsque les citoyens intériorisent le fait que l’Etat et donc ceux qui le dirigent, exercent l’autorité publique dans le respect de leurs droits et libertés; lorsqu’ils acceptent de se soumettre à leurs obligations constitutionnelles et lorsqu’ils sont portés vers le dialogue et l’entente mutuelle que le vivre ensemble devient une réalité vivante, créant l’harmonie dans la société, au-delà de la diversité culturelle, ethnique, sociale, philosophique, politique, religieuse, etc.
Or, l’arbitraire, les abus de pouvoir, le manque de recours, l’instrumentalisation de la justice, etc, créent des frustrations, des sentiments d’injustice qui, lorsqu’ils atteignent des degrés élevés, constituent de véritables freins au vivre ensemble. L’instrumentalisation du pouvoir judiciaire comme moyen de défense des seuls intérêts du pouvoir produit une justice vécue par les justiciables comme une injustice. En tant que pouvoir basé sur le droit, la morale et la vertu, la justice est un idéal qui participe de beaucoup à la culture du vivre ensemble. Montesquieu, disait: «Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous». Une société ne peut se construire dans l’harmonie et la paix, donc dans le vivre ensemble, si l’exercice du pouvoir public devient producteur de situations d’injustice frappées par la loi de l’omerta. En effet, le drame pour une société, ce n’est pas la survenue de l’injustice, mais l’incapacité à la combattre. Lorsqu’une société est embobinée par la loi de l’omerta (loi du silence), elle crée les conditions qui ébranlent les véritables bases de son vivre ensemble. «Ce n’est pas parce qu’on craint de la commettre, mais c’est parce qu’on craint de la subir que l’on blâme l’injustice», disait le philosophe grec, Platon.
L’autoritarisme, l’arbitraire, les abus de pouvoir, la mauvaise gouvernance, la redistribution inéquitable de la rente nationale et les situations d’injustice qu’ils produisent compliquent le fonctionnement de la démocratie et rend périlleuse la réalisation du principe d’alternance au pouvoir. Car, les victimes de situations d’injustice ruminent leur vengeance dans le cas où ils accèdent au pouvoir, tandis que les auteurs des situations d’injustice craignent de quitter les positions de pouvoir de peur d’être à leur tour victimes d’injustice. Lorsqu’un pays tombe dans ce cycle infernal, les élections deviennent source de conflits ou objet de manipulation, le vivre ensemble cède la place aux discriminations et autres marginalisations qui empoisonnent alors le climat socio-politique. Lorsque l’élite prend conscience de tels phénomènes socio-politiques, elle doit s’engager à les combattre, pour arrêter le cycle infernal, afin de donner la chance au retour à une vie harmonieuse dans la société, grâce au vivre ensemble.

Joachim MBANZA

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