Tant mieux, rigueur et vérité, pour surmonter la crise économique!

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Nouvelle année, nouvelles résolutions! C’est ce qu’on peut dire du message du Président de la République, à l’occasion du nouvel an! Un regard rétrospectif nous rappelle que la nouvelle République a démarré sous le signe de la rupture. Rupture avec les mauvaises pratiques de gestion publique qui ont terni le septennat écoulé. Et le Président de la République avait pris la résolution de placer le nouveau quinquennat sous le signe du «tout-économie», en vue d’un «tout-social», «mieux accompli pour tous». La lutte contre le chômage figurait au centre des préoccupations, pour redonner espoir à une jeunesse en proie à la dictature du chômage.


A l’anniversaire de l’indépendance, le 15 août dernier, le Président relançait l’espoir de ses concitoyens. «Voici venu le temps des profondes réformes structurelles, pour créer des emplois en grand nombre, pour étendre la protection sociale à tous, pour moderniser l’économie et la société, pour bâtir le développement inclusif et durable. Il n’y a pas de place dans notre esprit pour la fatalité», lançait-il. Et il allait plus loin: «Réitérons, dès à présent, notre détermination à gagner la grande bataille de l’indépendance économique. Car, c’est l’indépendance économique qui va parachever notre indépendance et notre souveraineté».
Rien ne semblait arrêter l’optimisme du Chef de l’Etat: «La mauvaise passe actuelle sera surmontée, comme nous avons eu à en surmonter des plus importantes par le passé. Les Nations fortes sont celles qui transforment les moments de crise en temps d’espérance. L’Etat est à l’œuvre pour conjurer le mauvais sort. C’est la responsabilité de l’Etat d’engager, sans attendre, des réformes hardies de son initiative et dont il doit être le seul maître». Eh oui, avant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne viennent imposer leur rigoureuse thérapie, autant mieux se faire sa propre cure.
Malgré la dureté de la crise financière, ce message présidentiel était un véritable baume, pour apaiser et rassurer les cœurs en détresse. Et pourtant, semaine après semaine, mois après mois, la crise économique a continué à produire ses effets néfastes. L’Etat n’arrivant même plus à assurer le financement routinier de ses différents services. Chaque responsable se débrouille. Un ministre lâche: «Dans mon cabinet, je n’ai même pas de quoi payer le carburant». A chaque fin du mois, le salaire est attendu de pied ferme. Dans le privé, la crise économique ne cesse de produire ses malheurs: les entreprises ferment ou réduisent leurs activités. Donc, des emplois perdus! Ce n’est pas encore la fatalité, mais c’est tout comme. Il faut se rendre dans les dispensaires, les hôpitaux, pour voir comment la société souffre.
Pour ne plus tomber dans le piège des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, le capitaine du bateau Congo a changé de stratégie. Nouvelle année, nouvelle méthode! Dire la vérité aux compatriotes: «La situation économique et financière de notre pays sera assurément plus rude en 2017 qu’elle ne l’a été en 2016». Et boom! Bien sûr, le Président de la République ne cède pas à la fatalité. Pour s’en sortir, il appelle ses concitoyens à la rigueur: «Bien évidemment, l’effort collectif que nous avons engagé tout au long de l’année 2016 doit être poursuivi en 2017. Il doit l’être avec plus d’ampleur et de rigueur. Rigueur pour tous. Rigueur pour le gouvernement qui doit donner l’exemple, montrer le chemin, dire la vérité». Il tente même de relancer l’espoir: «Les difficultés sont faites pour être surmontées; les obstacles pour être franchis. Devant nous, il n’y a rien qui ne puisse être surmonté, rien qui ne puisse être franchi». La récente opération d’emprunt obligataire, qui a permis au gouvernement de renflouer les caisses de l’Etat à plus de 192 milliards de francs Cfa, serait peut-être à classer parmi les actions destinées à affronter la fatalité.
Seulement, on attend la vérité. Mais, n’allons pas loin: le gouvernement peut commencer par dire la vérité sur les préoccupations soulevées par les députés Pascal Tsaty-Mabiala, Hyacinthe Ingani et Jean-Claude Ibovi, lors de la plénière relative à l’adoption de la nouvelle loi financière (Voir pages 3 et 5). De vrais débats contradictoires sur ces sujets socio-politiques avec les acteurs concernés permettraient aux Congolais de mieux comprendre ce qui s’est passé. Eh oui, c’est là que la vérité est attendue.
La rigueur, quant à elle, devrait commencer par des gestes simples comme la déclaration des biens, avant d’entrer en fonction, en application de l’article 55 de la Constitution. La rigueur, c’est faire de la G.a.r (Gestion axée sur les résultats), une véritable culture de gestion publique, afin que les ressources nationales, même en période d’euphorie, servent entièrement au développement du pays et au bien-être du peuple; la rigueur, c’est la promotion des compétences et non le clientélisme, ni les petits calculs politiciens teintés de subjectivisme rétrograde; bref, la rigueur, c’est la clé du développement sûr et harmonieux. Tout l’enjeu se situe à ce niveau-là: aurons-nous le courage de la vérité et de la rigueur dans la vie économique nationale? Car, rien qu’avec ces deux concepts, on pourrait révolutionner profondément l’élite aux affaires.

Joachim MBANZA

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