Au départ, c’est bien l’aspiration d’un peuple à la liberté!

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L’Union africaine a eu, sur la Libye, une politique mettant en avant le règlement négocié de la crise née de la révolte populaire contre le pouvoir du colonel Kadhafi. Beaucoup de pays africains se sont alignés sur cette position, pendant que la communauté internationale ou plus précisément, les pays occidentaux, se sont engagés dans un soutien militaire aux insurgés, sur la base de la résolution 1973 du conseil de sécurité des Nations unies qui demandaient la protection des populations civiles.

La crise libyenne trouve ses racines dans le printemps arabe, ce mouvement de contestation né en Tunisie et qui anime les peuples confrontés à des régimes anti-démocratiques. Pour faire face à cette révolte populaire, l’ex-guide libyen n’avait pas hésité à envoyer l’armée écraser les manifestants considérés comme des «rats». Ses troupes étaient en marche vers Benghazi, le foyer de la révolte, lorsque le conseil de sécurité des Nations unies avait adopté la résolution 1973 sur la Libye.

La naissance d’une rébellion armée, dont l’instance politique, le Conseil national de transition, a été, progressivement, reconnue à travers le monde, tout au long de la crise libyenne, n’est que la conséquence logique de l’usage de la force militaire, par le colonel Kadhafi, face à son peuple qui ne réclamait que l’avènement de la démocratie. La prise de la capitale, Tripoli, au début de cette semaine, a consacré, assurément, la victoire des insurgés sur l’armée du colonel Kadhafi, le guide devenu introuvable, aujourd’hui, et le C.n.t en tire comme bénéfice sa reconnaissance, comme seule instance représentant le peuple libyen. Même la Chine a dû faire un revirement diplomatique, en déclarant qu’elle «respecte le choix du peuple libyen». Une position sage que de plus en plus de pays africains suivent.

Homme fort de la Libye pendant 42 ans, Kadhafi est, aujourd’hui, recherché dans son propre pays et sa tête est mise à prix. La page de son régime dictatorial est résolument tournée. Même si ses hommes résistent encore dans certaines parties du pays, on voit mal comment l’ex-guide peut reprendre la situation en main et rétablir son pouvoir.

Certains dirigeants africains ont beau accuser l’Occident d’avoir renversé le régime de Kadhafi à coups de bombardements aériens de l’Otan, on ne peut pas oublier qu’au départ, il s’agit bien d’une révolte du peuple libyen contre le pouvoir établi, suivant l’aspiration légitime de tout peuple du monde à la démocratie, à la liberté et, surtout, au droit inaliénable de choisir, librement, ses dirigeants. Autant, hier, on a salué l’engagement de la communauté internationale dans la lutte contre l’apartheid, autant on peut saluer, aujourd’hui, l’implication de cette même communauté à soutenir des peuples confrontés à des régimes anti-démocratiques et dont ils veulent se débarrasser, comme on le voit, maintenant, en Syrie.

Prendre en compte l’évolution de la situation en Libye n’est pas faire la part belle à l’occident, mais c’est donner la chance à un peuple africain souverain, de pouvoir, enfin, s’engager sur le chemin de l’apprentissage démocratique dont on sait qu’il est aussi parsemé de difficultés. C’est en cela que les gouvernements africains et l’Union africaine auront une politique pertinente et crédible auprès de leurs peuples et sur la scène internationale, au lieu de faire piètre figure à soutenir des régimes prédateurs qui, pour s’assurer la pérennité, écrasent toute révolte dans le sang. C’est ce que Kadhafi a voulu faire, et c’est lui qui est parti.

Joachim MBANZA

 

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