La démocratie a besoin d’hommes d’Etat

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Gouverner, c’est prévoir. Au Congo, la culture politique ambiante a confiné la gouvernance dans l’essence que traduit l’adage suivant: «Faire le médecin après la mort». Quand on regarde les grands événements qui ont frappé notre pays, ces dernières années, on peut constater aisément qu’avec un peu d’esprit de prévoyance, certains auraient pu être évités ou en tout cas leur impact limité. A l’instar des explosions du 4 mars 2012. Car l’enchaînement des erreurs humaines est patente depuis les décideurs publics du domaine de la défense, jusqu’aux gestionnaires des dépôts de munitions.

 

La résurgence des violences armées dans le département du Pool ne peut étonner que ceux qui n’ont pas voulu lire les signes du temps. On peut citer l’exemple du programme de ramassage d’armes et de réinsertion des ex-combattants dans ce département qui n’a pas connu le succès escompté. Quand bien-même il était nommé à un poste de responsabilité dans la hiérarchie de l’Etat, Monsieur Frédéric Bintsamou a continué à entretenir son groupe armé, dont la partie visible était constituée par l’armada qui assurait son impressionnante ceinture de sécurité. Il y avait comme un modus vivendi avec le pouvoir central, de le laisser dans cette situation lui permettant de se sentir au-dessus des lois de la République. Pendant la campagne électorale relative à l’élection présidentielle anticipée du 20 mars dernier, ses partisans armés ont terrorisé les électeurs dans le Pool, pour imposer le choix de leur candidat. Quoi d’étonnant que se sentant intouchable dans ce département, il surgisse un jour pour vouloir imposer sa loi? Avec une dizaine de Kalachnikov, ne peut-on pas terroriser les populations? A qui profitait réellement cet état de ni paix ni guerre entretenu pendant des années dans le Pool?
Pendant que Ntumi était armé, le gouvernement avait choisi de faire convoyer les trains du C.f.c.o par la Force publique. Ce qui devait être une solution intermédiaire avant le rétablissement réel de la paix, est devenu un mode de gestion. Le pouvoir central pensait qu’en mettant des gendarmes armés de Kalachnikov dans les trains, cela suffisait pour garantir la sécurité des convois ferroviaires. L’attaque sanglante de Mindouli contre un train-marchandises a montré la fragilité et les limites de ce système de sécurité. La violence appelle la violence, nous le savons. Les solutions sont à la fois dans le dialogue politique, la sécurité et le judiciaire, comme on le voit ailleurs dans d’autres pays.
En principe, la Kalachnikov, pistolet mitrailleur létal, n’est pas l’instrument traditionnel de travail du policier, évidemment sauf cas exceptionnel. Nous comprenons qu’on y recoure par rapport à notre contexte, mais le décideur politique sait fort bien que la militarisation de l’espace civil n’est pas un but, mais un moyen pour restaurer la paix civile, seul état social qui rassure tout le monde. C’est quand le policier ne peut recourir qu’à sa baïonnette qu’on peut dire que la paix civile règne véritablement. Mais, tant qu’on recourt à l’armée ou à la Kalachnikov, cela signifie que le problème de fond n’est pas encore réglé. La paix armée n’est pas une paix. La paix, c’est quand personne n’a pas plus l’intention de recourir à la violence armée, pour vouloir s’imposer à d’autres. C’est un indicateur qu’on ne devrait pas perdre de vue.
Ce qui est un grand problème dans la gouvernance des pays comme le nôtre, c’est l’enracinement culturel du sentiment de repli identitaire dans la gestion de l’Etat. Un haut responsable politique me fit cette réflexion: nous avons beaucoup d’hommes politiques, mais très peu d’hommes d’Etat. J’ai dû faire un certain effort pour comprendre la différence. Dans les pays en développement comme le nôtre, la gouvernance politique épouse facilement la doctrine patrimonialiste. C’est pourquoi la gouvernance par le résultat est une greffe qui a du mal à prendre. Mais, la démocratie devrait permettre, malgré tout, de progresser dans la transition vers la gouvernance axée sur les résultats, car c’est à la performance des politiques réalisées que les gouvernants sont choisis par le souverain primaire et non par l’attachement identitaire, pour créer des hommes et des femmes d’Etat. Car l’Etat est incolore, du point de vue de nos appartenances ethniques.

Joachim MBANZA

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