L’urgence humanitaire dans le Pool!

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Alors que les actes terroristes contre les populations se multiplient dans le département du Pool, de la part des groupes armés formés de nsiloulou, les adeptes du pasteur Ntumi, l’urgence humanitaire a vu, rapidement, le jour. Pris de court par la rapidité des événements, le gouvernement commence à peine à réagir, en tant que tel, avec la rencontre du premier ministre et les ministres et élus ressortissants du Pool.

Pourtant, les faits sont là, graves, qui entravent le fonctionnement du pays: la route nationale n°1 et le Chemin de fer Congo-Océan paralysés; la route lourde, devenue très risquée dans le Pool; dans plusieurs districts du département, les villages se sont vidés de leurs habitants qui ont trouvé refuge dans les grandes localités, comme à Mindouli, Kinkala, Mbanza-Ndounga, etc.; les véhicules commerçants ne circulant plus, les gens ne pouvant plus vaquer à leurs occupations champêtres et les marchés ne se tenant plus, les populations n’ont plus de quoi se nourrir; le climat est très particulier dans ce département où la vie s’est arrêtée. D’où l’urgence humanitaire dans les localités qui ont accueilli les déplacés.
Peu enclins à s’informer, les Congolais, dans le reste du pays, en général, et à Brazzaville, en particulier, sont très peu au courant du drame qui est en train d’engloutir des vies humaines, à quelques kilomètres de la capitale. Des rumeurs fantaisistes circulent et la fausseté a envahi les réseaux sociaux, noyant ceux qui tentent de donner la réalité des faits. Des cadres, même les plus respectables, prennent des vessies pour des lanternes, concernant la situation qui prévaut dans le département du Pool. Ou, pour ne pas avoir à se démener dans leurs responsabilités publiques, ils se réfugient dans le subjectivisme: «Ces gens du Pool sont têtus». D’autres, par désinvolture, relativisent le drame: «Ecoutez, Ntumi est un fonds de commerce. S’il voulait l’arrêter, Sassou aurait pu le faire, depuis longtemps!».
Seule, la Force publique est au front de ce drame dont la survenue n’est pas une surprise pour les observateurs futés qui suivent la situation du Congo, depuis l’attaque des quartiers Sud de Brazzaville, le 4 avril dernier, par une horde de nsiloulous, suivie des mandats d’arrêt émis contre leur pasteur, Ntumi, et deux de ses proches. En effet, le commandement de la Force publique est à pied d’œuvre autour du chef d’Etat-major général des Forces armées congolaises, pour mener les opérations militaires contre les groupes nsiloulous se livrant, maintenant, au terrorisme pur dans le Pool. Mais, les dégâts collatéraux de la Force publique, qui ne peuvent pas manquer dans ce genre de situation, suscitent leur part d’indignation et de critiques.
Le drame du Pool est arrivé au moment où l’Etat est sérieusement confronté à des difficultés financières. Le fonctionnement de ses services est ralenti par le manque d’argent, après une décennie faste de recettes pétrolières. Alors que l’armée procédait à une offensive aérienne contre les groupes armés nsiloulous, à l’aide d’hélicoptères, dans les environs de Kinkala, le gouvernement était en conseil des ministres, vendredi 30 septembre, pour adopter le projet de budget de l’Etat exercice 2017. Au sortir de ce conseil, pas un mot sur la situation qui ensanglante le Pool, depuis l’assassinat de deux militaires dans le district de Mindouli, le 23 septembre dernier. On aurait pu déjà avoir une communication du Ministère de l’intérieur sur cette situation qui affecte, pourtant, la vie nationale. Jusque-là, pas de cellule, ni de comité de crise mis en place.
Pendant ce temps, la veille, les groupes armés nsiloulous venaient de brûler un train-marchandises, à environ deux kilomètres de la gare de Mindouli, après l’avoir mitraillé pour le stopper: il y aurait 16 morts, dont 4 gendarmes, des femmes, des enfants et le conducteur.
Véritable retour à la case-départ, le drame du Pool exaspère nombre de personnes devenues dubitatives. Mais, la terrible réalité est que le Congo n’est pas le seul pays confronté à un mouvement armé recourant au terrorisme. Peut-on dire que l’existence de Boko-Haram au Nigeria est un simple jeu des politiciens, alors que des armées coalisées luttent contre ce mouvement terroriste, depuis des mois? Les Américains, eux-mêmes, avec leur super-puissance militaire et technologique, n’ont-ils pas mis dix ans pour atteindre Ben Laden, caché par un pays allié?
Il faut lutter contre l’usure qui semble gagner les dirigeants politiques nationaux, car la lutte contre le terrorisme exige une endurance psychologie, puisque cette lutte peut prendre du temps: des années, voire des décennies, à l’exemple de la rébellion en Colombie, qui a mis 50 ans. Des mandats d’arrêt ont été lancés contre Frédéric Bintsamou et deux de ses acolytes, mais il ne faut surtout pas croire que cela met rapidement fin au drame. Attention: ça peut affecter tout un quinquennat! Il faut toute une mobilisation, comme les ressortissants du Pool viennent d’en donner l’exemple, lors de leur rencontre, dans le cadre du Comité consultatif d’appui et de suivi de la municipalisation accélérée du Pool. Une municipalisation accélérée mise entre parenthèses, puisque les chantiers sont arrêtés, dans la plupart des districts de ce département.

Joachim MBANZA

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