Alternance démocratique : l’Afrique centrale est-elle maudite?

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Considéré comme un havre de paix en Afrique centrale, le Gabon a toujours su préserver sa cohésion, en dépit des différentes bourrasques qui ont balayé le continent, depuis les années 90. Après la mort du président Omar Bongo, le pays est entré comme dans une zone de turbulences. En 2009, l’élection d’Ali Bongo-Ondimba est suivie d’émeutes, particulièrement dans la deuxième ville du pays, Franceville. Après la réélection proclamée du président sortant, le Gabon est à la croisée des chemins cette année. Les violences qui ont embrasé la capitale Libreville, il y a quelques jours, semblent avoir sonné le glas du clan Bongo.


Il faut dire que le dilemme est complexe dans ce pays qui n’a jamais connu d’alternance démocratique au pouvoir. Depuis l’ouverture démocratique en 1991, les élections présidentielles sont toujours remportées par un Bongo: le père d’abord, puis le fils. Cette fois, ce n’est plus le scénario de 2009. Proclamé élu, Ali Bongo-Ondimba fait face à un adversaire téméraire qui ne démord pas à réclamer sa victoire. Jean Ping n’exige rien d’autre que le recomptage des résultats de la province du Haut-Ogooué qui ont donné l’avantage au président sortant. Il est pour cela soutenu par certains pays de la communauté internationale qui demandent, eux aussi, de recompter les voix dans cette province et d’annoncer les résultats bureau de vote par bureau de vote.
La réélection annoncée d’Ali Bongo-Ondimba a plongé le Gabon dans la division et l’on ne perçoit pas, pour l’instant, comment ce pays va s’en tirer. Pour la première fois aussi, les pays amis ne se précipitent pas à adresser les traditionnelles félicitations diplomatiques au vainqueur.
Refusant de recompter les voix,  car pour lui l’élection présidentielle, c’est maintenant du passé, Ali Bongo-Ondimba est obligé de s’appuyer sur la force publique, pour s’imposer. Pour autant, il ne parvient pas encore à endiguer la colère des partisans de l’opposition qui l’accusent de «victoire volée».
Après le Burundi, la communauté internationale se retrouve, du jour au lendemain, avec une nouvelle crise dans les bras. Il faut tout faire pour éteindre l’incendie gabonais. Pour l’instant, les appels au calme et à la retenue sont sans succès. Si l’Afrique de l’Ouest a pris plusieurs crans d’avance en matière de gouvernance électorale, en Afrique centrale, la greffe démocratique a du mal à prendre dès qu’il s’agit d’élection présidentielle. Est-ce un mal congénital à ces pays? Depuis les années 90, la décennie de l’ouverture démocratique, le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Rwanda, le Burundi, la Guinée Equatoriale, la RD Congo n’ont jamais connu d’alternance démocratique au pouvoir. La Centrafrique a connu des crises armées successives, avant de parvenir récemment à une véritable élection présidentielle, sous les fourches caudines de la communauté internationale. Le Congo-Brazzaville était bien parti, en 1992, avec une alternance démocratique qui forçait l’admiration. Mais, c’était pour replonger dans les mêmes maux, avec l’explosion des violences armées en 93-94 et surtout en 1997. Aujourd’hui, il essaie tout doucement de se refaire. La dernière élection présidentielle a suscité des contestations, mais pour l’essentiel, le pays a su négocier le virage de l’évolution de ses institutions et devra, dans l’avenir, montrer la pertinence de sa démarche démocratique, sur la voie de la rupture.
Après le Gabon, les yeux sont tournés du côté de la RD Congo, le pays continent à l’épreuve de sa prochaine élection présidentielle. Ici, toutes les inquiétudes sont permises. Le dialogue national politique ouvert la semaine dernière n’apporte, pour l’instant, rien de nouveau, puisqu’il n’est pas parvenu à mettre toute la classe politique autour d’une table. L’Afrique centrale est-elle maudite par rapport aux élections présidentielles? Les faits sont dramatiques et n’incitent guère à l’optimisme, comme en atteste le Gabon d’aujourd’hui.
En Afrique de l’Ouest, il y a des exemples très positifs comme le Bénin où le président Boni Yayi a quitté le pouvoir et vit librement, alors qu’il est succédé par un proche qu’il voulait jeter en prison, l’accusant d’avoir voulu l’assassiner. Malgré ce conflit entre les deux personnalités, l’alternance démocratique s’est déroulée sans tension, démontrant l’enracinement démocratique de la société béninoise. En Afrique centrale, les conflits de personnes jaillissent sur le terrain politique, au point que l’alternance au pouvoir devient impossible. Et pourtant, en s’engageant dans la voie de la démocratie, on ne pourra jamais repousser définitivement le principe de l’alternance.

Joachim MBANZA


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