Première édition du «Challenge entrepreneurial du bassin du Congo» à Brazzaville : Pour nourrir nos villes: importer ou produire et transformer localement?

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120 milliards de francs Cfa d’importations alimentaires                                                                                       

Les faits sont là. L’agriculture ne contribue qu’à hauteur de 4% au P.i.b (Produit intérieur brut) et le Congo importe, chaque année, quelque 120 milliards de francs Cfa de denrées alimentaires, représentant près de 12% des recettes d’exportation du pays, selon le Plan national de développement 2012-2016 du Congo. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans les petites boutiques d’alimentation des villes, en majorité tenues par des commerçants ressortissants des pays d’Afrique de l’Ouest. 

A l’exception d’une poignée d’articles -pain frais,  yaourts, sucre, bières et eaux minérales- fabriqués localement, le reste des marchandises est importé de tous les coins du monde. Même constat pour les supermarchés de Brazzaville et de Pointe-Noire.

Le «made in Congo» surtout dans les marchés
Pour acheter du «made in Congo», mieux vaut se rendre dans les marchés où les produits agricoles du terroir -tubercules, pommes de terre, arachides, feuilles, légumes,  fruits, etc-, proviennent généralement des départements proches des centres urbains et des jardins maraîchers installés dans les villes ou à leur périphérie. «Le Pool et les Plateaux fournissent Brazzaville tandis que le Kouilou, le Niari, la Bouenza et la Lékoumou  approvisionnent Pointe-Noire», informe Margueritte Homb. Produit en majorité dans le Nord du pays, en particulier dans la Cuvette, à Tokou, Mossaka et Mokotipoko, le poisson d’eau douce est acheminé vers les villes par pirogue et camion. «Pour le transporter, on  le met dans des bidons de 25 litres, ouverts et remplis d’eau. On peut le garder frais plusieurs jours à condition de changer l’eau fréquemment», explique Simon Savou, le directeur général de l’agriculture.

Des oignons importés du Cameroun
Si le Congo est à peu près autosuffisant en manioc (feuilles et tubercules), la base de l’alimentation locale, tel n’est pas le cas pour les autres produits vivriers et maraîchers. Ainsi même sur les marchés, une partie de ces denrées sont importées. Des pays voisins surtout (RD Congo, Cameroun, Gabon et Centrafrique), mais aussi plus lointains, comme l’Afrique du Sud et des pays européens. Pour exemple, l’essentiel des oignons consommés au Congo et même les haricots viennent du Cameroun, via Ouesso, le chef-lieu du département de la Sangha. Il faudra plusieurs jours pour qu’ils parviennent à Brazzaville et à Pointe-Noire.  

Agriculture, le parent pauvre
Les raisons de cette situation? Une agriculture majoritairement de subsistance, aux techniques de production rudimentaires et un manque de bras dans les campagnes, plus de la moitié de  la population vivant en milieu urbain. Un exode rural auquel l’activité pétrolière n’est pas étrangère. Seules, quelques fermes modernes,  créées par des privés, baptisés «néo-ruraux» et les nouveaux villages agricoles de Nkouo, Imvouba et Odziba, mis en place par le gouvernement, qui font de l’agriculture, de l’élevage et de la pisciculture, utilisent des techniques modernes. De même que Congo Agriculture, une société créée par des fermiers sud-africains, à Malolo, dans le Niari, qui ont acquis une vaste concession dans laquelle ils exploitent quelque 2000 hectares de maïs. Ou encore les grandes sociétés agro-industrielles, comme Atama plantations, qui intervient dans la filière palmier à huile.

Problèmes fonciers
Les difficultés d’accès à la terre et la coexistence de deux types de droit foncier (droit coutumier et droit positif), sont d’autres freins à l’investissement agricole et à l’émergence d’une agriculture moderne. L’agriculture paysanne repose sur une propriété communautaire des terres, organisée selon les traditions culturelles dans les différents départements du pays. Or, par manque de titrage et d’enregistrement des terres communales et individuelles, l’octroi de vastes concessions de terres arables à des sociétés agro-industrielles est une source d’insécurité pour les villageois, voire de tensions entre les différents acteurs.
Par ailleurs, le régime foncier moderne en vigueur est «peu adapté à l’économie de marché, les investisseurs nationaux et étrangers ayant du mal à sécuriser leurs titres et à disposer d’un vrai marché de terres accessibles», informe le Plan national de développement du Congo (P.n.d) 2012-2016. En outre, autour des villes, la pression foncière est telle que les terres sont devenues rares pour les maraîchers. Une situation aggravée par l’attitude de certains chefs de terre qui préfèrent vendre les terres y compris celles réservées à l’agriculture, à des promoteurs immobiliers, pour des raisons financières.

Perte de savoir-faire et manque de recherche-développement
Autres problèmes, la perte de savoir-faire agricoles, liée à l’exode rural, et le ralentissement de la recherche agronomique depuis plusieurs années. «Il faut  reconstituer notre patrimoine phyto-génétique, relancer la recherche-développement et l’enseignement agronomiques et développer des synergies entre l’agriculture, l’industrie de transformation et la recherche appliquée», martèle M. Niama. Ainsi, pour toutes ces raisons, ni la production villageoise, ni celle des exploitations modernes ne parviennent, aujourd’hui, à satisfaire les besoins alimentaires du pays. Encore moins à fournir en matières premières l’agro-industrie locale.

Une transformation limitée
Concentrée à Pointe-Noire et à Brazzaville, l’agro-industrie, dont la plupart des unités importent leurs intrants, est limitée à quelques yaourteries, une unité de production de sucre de canne, une usine de fabrication de farine de blé, quelques unités de boissons (eau minérale, bière et boissons gazeuses) et biscuiteries et une usine d’aliment pour bétail. Des coopératives, de femmes notamment, comme Delcoop,  produisent artisanalement des jus de fruits naturels et des confitures en très petites quantités. Par chance, la filière palmier à huile industrielle, abandonnée pendant plusieurs années, est en cours de relance dans la partie Nord du pays, avec plusieurs grands projets incluant des unités de transformation (huiles, savons et autres) et celle de cacao va redémarrer avec le Singapourien Olam, implanté au Congo dans la filière bois.

De futurs urbains à nourrir
Dans un futur proche, la demande urbaine en produits alimentaires est appelée à augmenter, sous l’effet de la croissance démographique, mais aussi de l’émergence de petites cités autour des sites miniers, de fer et de potasse notamment, en cours de développement dans le Niari, le Kouilou et la Sangha. A la clef, une demande qui représente de réelles opportunités tant pour les grandes sociétés agro-industrielles que pour les petites exploitations. Pour preuve, le projet de fer de Mayoko-Lekoumou dans le Niari, opéré par D.m.c-Iron Congo, filiale du sud-africain Exxaro. «Notre projet est une aubaine pour l’agriculture, car il faudra nourrir les travailleurs et leurs familles de la cité, qui, à terme, abritera 30.000 à 40.000 habitants, ce qui représentera un marché de consommateurs à pouvoir d’achat régulier et relativement conséquent. Aux agriculteurs de la région, je dirai ceci: «Restez agriculteurs, vous gagnerez de l’argent», insiste Henri Okemba, directeur de D.m.c-Iron Congo.

Maïs, soja, riz, chèvre, poisson, couvée…
Si la demande porte sur une gamme variée de produits agricoles, elle est particulièrement forte pour le riz, les légumes, les haricots, le maïs et le soja. Bien que consommé occasionnellement et sous forme de dessert par les Congolais, le maïs offre d’importants débouchés pour l’agro-alimentaire (brasseries, corps gras) et l’élevage. «Pour approvisionner les villes en viande, il faut développer l’élevage, mais pour cela, nous avons besoin d’aliments pour bétail, donc de maïs», précise Savou.
L’élevage (bovin, porcin, caprin ou volailles), la pêche et la pisciculture sont d’autres opportunités. L’appui à la création de fermes aquacoles est d’ailleurs à l’étude. L’arboriculture fruitière est un créneau porteur. «La technique de la greffe est maîtrisée par les Congolais depuis longtemps. Il faut créer des pépinières départementales offrant des plants  améliorés», indique Michel Niama, conseiller économique du ministre du plan.

Agro-industrie : des marchés porteurs
Dans l’agro-industrie, les opportunités sont réelles. Pour exemple: dans les sites miniers,  le catering (restauration d’entreprise) est appelée à se développer. De même que toutes sortes de petites industries, comme des «unités de broyage de feuilles de manioc pour fabriquer le saka-saka, ce qui soulagerait les femmes de cette corvée», suggère M. Okemba. Dans les filières corps gras (huile de palme, d’arachide et de maïs), savonnerie, cosmétique et bioénergie, les perspectives à l’exportation sont intéressantes, la demande étant en pleine croissance sur le marché international. Sans compter les opportunités d’affaires, tant en amont qu’en aval de l’agriculture et de l’agro-industrie, depuis la définition de normes pour les produits agricoles jusqu’à l’emballage, au transport et à la distribution des produits, en passant par les études de marchés et la cartographie pour l’élaboration de plans de développement local, notamment dans les zones minières.

Au Nord comme au Sud
Où s’implanter? «Sur le plan agricole, nous n’exploitons pas assez notre position géographique à cheval sur l’équateur. L’essentiel de la production est réalisée dans les zones de savane, dans la partie Sud du pays qui concentre les trois quarts de la population. Si nous développons davantage l’agriculture dans la partie Nord, nous aurons une production régulière tout le long de l’année, en jouant sur l’inversion des saisons. Bien sûr, il faudra aider les entreprises, notamment les P.m.e, qui s’installeront pour la première fois dans le Nord», signale M. Niama.
En cours de mise en place, les quatre zones économiques spéciales, centrées chacune sur des activités spécifiques, liées aux ressources naturelles et agro-pastorales disponibles dans la région, offriront, par ailleurs, des espaces aménagés aux investisseurs.

Mettre l’accent sur la
recherche et la formation
L’essor de l’agriculture et de l’agro-industrie passe aussi par la relance de la recherche-développement et par la formation, notamment des jeunes, aux métiers agricoles, de l’élevage, de la pêche et de la pisciculture. Une question sur laquelle s’est penché le P.n.d qui prévoit «la construction de centres de formation professionnelle  et l’ouverture de  filières spécialisées ouvertes dans l’enseignement».  De quoi donner des idées aux chercheurs et à tous ceux qui s’intéressent à l’enseignement et à la formation.  De même, aussi bien en amont (fourniture d’intrants et de matériels) qu’en aval de la production (transport, stockage et distribution), les opportunités d’investissement, particulièrement  adaptées aux P.m.e nationales, ne manquent pas.
Grandes sociétés agro-industrielles et P.m.e/P.m.i,  il y en a pour tout le monde ! Développées par des nationaux, seuls ou en partenariat avec des étrangers,  sous-traitantes ou non de grandes sociétés, les P.m.e/P.m.i ont de l’avenir au Congo dans la «grappe agriculture».

Muriel Devey MALU-MALU
RICE (Réseau International des Congolais de l’Extérieur)


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