Un nouveau livre de Jean-Claude Gakosso aux Editions Hemar : «Engagements culturels pour le partage des lumières», préfacé par Théophile Obenga

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«Engagements culturels pour le partage des lumières. Discours du temps décennal (2002-2012)» est le nouveau livre que Jean-Claude Gakosso vient de publier, aux Editions Hemar (Brazzaville), à l’occasion de son 55ème anniversaire d’âge. Préfacé par le prof Théophile Obenga, ce livre est un recueil de discours prononcés par l’auteur en divers lieux et circonstances. Il compte trente-cinq textes répartis en sept séquences de longueur variable. Il couvre la période allant de 2002 à ce jour. L’année 2002 est marquée par deux événements majeurs: le référendum constitutionnel et l’élection présidentielle. A l’issue du référendum, le Congo a une nouvelle Constitution. C’est sur la base de cette nouvelle Constitution que Denis Sassou-Nguesso est réélu Président de la République. Il procède au renouvellement de l’équipe gouvernementale. Jean-Claude Gakosso, qui était, jusqu’alors, conseiller spécial du Chef de l’Etat, chargé de la communication, y fait son entrée. Il se voit confier le portefeuille de la Culture, des Arts et du Tourisme.

Le nouveau livre de Jean- Claude Gakosso couvre une période de dix ans. Il était tout à fait indiqué, lorsqu’on est appelé à gérer les créateurs et producteurs des œuvres de l’esprit, et à s’occuper d’un secteur aussi névralgique que celui de la culture, de marquer un moment d’arrêt dans son cheminement, afin de faire le point sur les actions menées, les projets aboutis, les objectifs atteints, mais aussi sur ce qu’on n’a pu réaliser; pour diverses raisons. Cette halte souhaitée permet soit de poursuivre le chemin pris si le succès escompté est au rendez-vous, soit de rectifier le tir si l’on estime peu satisfaisants les résultats obtenus. Quels que soient les constats qu’induit une telle halte, et la teneur de la réflexion à laquelle elle ouvre et convie, dresser un premier bilan de son action au sein du gouvernement, au bout de dix ans d’activités ininterrompues, paraît une nécessité et un exemple à suivre.
Dix ans d’activités certes, mais aussi dix ans d’engagements culturels, ainsi que le dévoile le titre de ce livre! Aussi, l’auteur, dès sa nomination au gouvernement, s’est-il vu contracter, devant la nation, l’obligation de servir la culture congolaise en son unité et en sa diversité et de la porter haut et loin. Il reçoit du chef de l’Etat, entre autres missions, celle d’organiser tous les deux ans, à Brazzaville, le Festival panafricain de musique (Fespam). Ainsi que le montre la cinquième partie de ce livre intitulée: «Plaidoyer sur la scène mondiale des arts pour l’illustration du Festival Panafricain de Musique», le ministre de la culture et des arts prend alors son bâton de pèlerin et se met à sillonner le monde, en vue de sensibiliser artistes, chroniqueurs de musique, chercheurs et autorités institutionnelles et politiques en charge de la culture, à la nécessité de faire du Congo, tous les deux ans, la capitale mondiale de la musique. La voix du Congo ayant été entendue, chaque édition du Fespam, depuis 2003, offre au ministre de la culture et des arts, l’heureuse opportunité de célébrer les artistes et la musique du monde noir dans leur triple dimension traditionnelle, tradi-moderne et moderne, comme le révèlent les textes réunis dans la première partie de ce livre, intitulée, à juste titre: «Sublimation des arts de la musique».
A la célébration de la musique à la faveur du Fespam, événement vécu, à chaque fois, comme un moment privilégié de rencontre et de conjonction du passé et du présent, mais aussi comme un lieu exceptionnel de reconnaissance, de promotion et d’assomption de divers talents nationaux et internationaux, est associé le programme d’érection, à Brazzaville et à l’intérieur du Congo, des «monuments du septennat». Ce livre rassemble, dans sa deuxième partie intitulée: «Des monuments pour la postérité», les discours prononcés par l’auteur à chaque cérémonie inaugurale. Il montre, avec justesse et pertinence, que les «monuments du septennat» comme les différentes éditions du Fespam, sont sous-tendus par le même projet politique, celui de continuer de porter la «Nouvelle Espérance», tout en posant des balises sur le «Chemin d’avenir», cher au président Denis Sassou-Nguesso. Il montre, également, qu’ils sont sous-tendus par le même projet culturel, celui de restituer au peuple congolais son Histoire.
Dix ans d’engagements culturels, mais aussi dix ans de combat politique en faveur de la culture! Les interventions de l’auteur à l’assemblée nationale sur la diversité culturelle ou sur le patrimoine subaquatique, sur le patrimoine culturel ou sur la loi d’orientation culturelle, sont réunies dans la troisième partie de ce livre, intitulée: «Représentation nationale et engagement pour la culture». Elles paraissent autant des réflecteurs d’une conscience portée par la volonté de combler le vide juridique, en dotant le Congo de textes de loi qui organisent et régissent le secteur culturel.
Une série de discours organisés autour de la «mémoire africaine et quête identitaire», aborde des questions de société telles que la sorcellerie, la superstition et la violence, évoque des pans entiers de l’histoire africaine, notamment l’esclavage, l’épopée de Pierre Savorgnan de Brazza, se préoccupe du devenir des civilisations bantu, et rend compte du soutien multiforme que le gouvernement congolais apporte à toutes initiatives, internes ou externes, qui viseraient à assurer au Congo une plus grande visibilité. Ce qui est remarquable dans cet ensemble de textes, c’est que, le plus souvent, le politique cède le pas au chercheur, l’homme d’Etat à l’universitaire. C’est tout à l’honneur de l’auteur!
Dix ans d’engagements culturels, c’est aussi dix ans d’écoute des femmes et des hommes de culture du Congo: plasticiens, écrivains, musiciens, cinéastes, metteurs en scène, comédiens, producteurs de musique et d’écrits, chorégraphes, sapeurs, stylistes, chroniqueurs, etc. Dix ans d’existence dans leur proximité et, quelquefois, dans leur secrète intimité. Quand l’un de ces créateurs des œuvres de l’esprit vient à disparaître, l’émotion est toujours à son comble. Le ministre de la culture et des arts, drapé dans la dignité que lui impose sa charge, ne peut, cependant, se retenir. Les textes réunis dans la cinquième partie de ce volume, sous le titre «Oraisons funèbres pour ceux qui ne meurent jamais…tout à fait», sont, quelle qu’en soit la forme, traversés et sous-tendus par un lyrisme contenu.
La dernière partie de ce livre intitulée «Post-scriptum… en profession de foi», apparaît comme une apostille, c’est-à-dire une annotation ou une recommandation en marge d’un écrit. Or, ici, il ne s’agit pas d’apostille mais de «post-scriptum». Les dictionnaires de la langue française définissent ce dernier mot en ces termes: «ce que l’on ajoute à une lettre après la signature». Cela signifie que l’ouvrage de Jean-Claude Gakosso s’achève avec la série des textes présentés sous le titre: «Plaidoyer sur la scène mondiale des arts pour l’illustration du Fespam». Les six principales parties qui le composent s’organisent autour des thématiques en étroite liaison avec la politique culturelle du Congo. Le post-scriptum, qui reprend ce que l’auteur appelle ses «mystiques élucubrations», quitte le terrain de la politique culturelle pour s’orienter vers celui des mentalités, tel qu’il se manifeste dans des rencontres comme le «petit-déjeuner national de prière». Il se situe, donc, en marge du propos central de l’auteur. Mais, il peut ou devra être lu comme une apostille susceptible de fournir au lecteur des compléments d’information sur la marche du Congo vers son mieux-être.
J’ai lu ce nouveau livre de Jean-Claude Gakosso avec beaucoup d’intérêt et une attention soutenue. Mon intérêt pour ce livre s’explique, en effet, par son exigence de vérité, mais aussi par sa qualité d’écriture. On le sait, le discours est un genre littéraire particulier. Il relève de la rhétorique, parce qu’il poursuit une double visée: convaincre et plaire. Son horizon d’attente étant immédiat, il se propose de faire agir et réagir les auditeurs. Il s’inscrit toujours dans une situation de parole déterminée. Les textes réunis dans ce volume sont, tous, marqués par les situations d’énonciation dans lesquelles ils s’inscrivent et qu’ils reflètent sans ambigüité. C’est cette conformité de la parole publique au contexte qui la justifie, qui confère aux discours ici réunis une structure, un style et un ton particuliers. «Voici un bon livre…», écrit Théophile Obenga, le préfacier. Voici un livre à lire absolument, parce qu’il ramasse en deux cent vingt-quatre pages, l’Histoire culturelle du Congo de ces vingt dernières années. Un livre à lire absolument, parce qu’il est aussi une leçon d’écriture.

Mukala KADIMA-NZUJI

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