La musique congolaise en deuil : Nzongo Soul «Wa semo» est décédé à Paris

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La triste nouvelle est tombée, tel un couperet, sur les réseaux sociaux. Nzongo Soul, Prix Découvertes RFI en 1984 et co-interprète de ‘’Noir et Blanc’’, un des plus grands succès du chanteur français Bernard Lavilliers sorti en 1987, a rendu l’âme le 10 janvier à Paris, en France. L’artiste-musicien congolais a été retrouvé sans vie à son domicile par un de ses proches qui a aussitôt alerté la police. Les raisons du décès du chanteur ne sont pas encore connues.

 

La nouvelle de la disparition de Nzongo Soul suscite plusieurs réactions. «…J’ai appris le décès du célèbre artiste-musicien Wa Semo Nzongo soul, un homme intelligent, apaisé et jovial, qui m’a marqué, par la philosophie du Ngo, qu’il n’a cessé de professer toutes ces dernières années, de vie physique, via son atelier parisien nommé Musicographie…Si et seulement si j’avais un brin de soulagement, celui d’avoir pris le soin de rendre à Wa semo Nzongo Soul, de son vivant, en le citant nommément en 2015 dans le livre qui révèle la Fleuvitude au grand public. Par les temps qui courent…: car, si je peux citer Hugo et Zola dans mon livre, je peux aussi citer Wa semo, un visionnaire qui m’était devenu proche…Quand j’ai mené la célébration des 60 ans de la littérature congolaise en 2013, il avait toujours répondu aux abonnés présents, en homme de culture avisé et militant. Il n’a jamais été avare de conseil avec moi; car, il a toujours considéré de ‘’bonne cause’’, mes batailles culturelles.
En ce moment même, je me représente seulement combien plusieurs d’entre nous se trouvent abattus par cette nouvelle inopinée. Adieu l’artiste!», commente l’écrivain Aimé Eyengué, basé en France.
«En ce début de soirée de ce 10 janvier, nous avons appris le décès inopiné du grand Wa Semo Nzongo, connu sous le nom de Nzongo Soul. RIP (ndlr: repose en paix), mon vieux, les mots me manquent», commente Olivier Doumou, opérateur culturel, membre de l’association «Génération Avenir», initiatrice du collectif «Brazza j’y crois», qui a composé un single en hommage aux victimes des explosions de munitions le 4 mars 2012 au quartier Mpila, à Brazzaville. Une chanson qui a connu la participation de WA Semo et de plusieurs autres artistes de grande renommée: Jacob Desvarieux, Lokua Kanza, Singuila, Meiway, Princess Lover, Teeyah, Abby Souria, Kaysha, Olivier Tshimanga, etc.
«Je viens d’apprendre la mort de Nzongo Soul. Le frère de Mami Claudia était un prof d’anglais. Lauréat du prix RFI, il vivait en France et avait fait carrière dans la chanson. Il avait chanté avec des grands de la chanson française. Drôle de mois de janvier qui nous avait  enlevé Germain Bisset et Kimina Makumbu. Reposez en paix mes frères», a affirmé Ghislain Joseph Gabio, journaliste à la retraite.
De son vrai nom Faustin Nzongo, Nzongo Soul est né à Brazzaville, en 1955. Il a fait ses études primaires dans plusieurs localités du pays au gré des affectations de son père (Owando, Impfondo, etc.) A Brazzaville, les études secondaires, commencées au collège Nganga Edouard, s’achèvent au Lycée Savorgnan De Brazza, avec l’obtention du baccalauréat.
L’artiste créé en 1977, dans la capitale congolaise, les Walla Players. Alors qu’il avait à peine plus de 20 ans, quand il avait remporté, peu de temps après, le prix du plus grand groupe d’afro soul d’Afrique Centrale.
La démarche musicale de Nzongo Soul s’appelle le Walla. Un style musical né de la fusion de la musique traditionnelle Kongo (Ethnie du sud de la République du Congo) qu’il a modernisé (en y incluant la rumba congolaise, le soul, le rock et du funk) et qui a connu un énorme succès en Afrique et dans le monde, au cours des années 1980.
Dénommé «Walla c’est ma musique», son premier disque, sorti en 1979, est suivi de «Nvaneno nlele» en 1980 et «Walla purification» en 1983.
Une année après, Nzongo Soul est lauréat du prix Découvertes RFI. Il part après en France et s’inscrit en doctorat d’histoire des idées à la Sorbonne.
«Musicosophie», son dernier album, un alliage entre musique et philosophie, parle de l’art de Mozart au coeur de la pensée Bantou. Il a connu la participation de deux icônes de la musique : Jacob Desvarieux et Manu Dibango.
«Parce que, sans s’en rendre compte, dans les villages, quand on chante nos chansons, dans les rituels, dans les mariages…, il y a de la sagesse derrière, il y a de la philosophie. Mais, la philosophie est une invention grecque, philia, c’est l’amour, sophia, c’est la sagesse; c’est donner la sagesse. Mais, la musicosophie, c’est une autre démarche. Quand nous mettons en scène la sagesse des ancêtres, à travers les mots, il y a trois niveaux de la parole. Nous mettons cette sagesse-là en scène par des mots parlés, des mots chantés et des mots dansés. Il ne s’agit pas, uniquement, d’exprimer son amour pour sophia, la sagesse; on met en scène la sagesse, pour qu’elle soit mise en action, qu’elle soit dansée. De ce point de vue-là, on ne fait pas de la philosophie, on fait de la musicosophie. La musicosophie convient le mieux pour indiquer ce que mes ancêtres m’ont légué, depuis des millénaires», nous confiait-t-il, lors d’une interview qu’il nous a accordée en 2012, à Brazzaville.

Carrhol YANGA

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