Poésie : Alima Madina signe «Survie»

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Professeur de philosophie à l’école Militaire préparatoire général Leclerc, Mme Alima Madina vient de publier un recueil de poésie intitulé «Survie». Edité aux éditions l’Harmattan Congo, ce recueil de 52 pages, préfacé par Gabriel Mwènè Okoundji, compte 30 poèmes aux accents multiples que donne à lire la poète congolaise dont la voix nous apparait si proche, tant elle explore l’espace dans lequel la génération actuelle est en train de vivre.

D’un poème à l’autre, on ne peut qu’être, selon le préfacé, frappé par l’étendue du répertoire de son chant qui, par moment, déconcerte par la succession inattendue de vers d’amour, de nostalgie, de rêve, d’ailleurs, de néant et des thèmes aux allures métaphysiques.
Alima Madina est poète: comme tout poète, son regard est vaste; comme tout poète, elle porte en son âme la constance des signes de l’horizon. Ainsi, nous offre-t-elle un chant protéiforme écrit avec des mots qu’elle récolte dans la volonté, au pied même du destin: «Je n’attends que la magnifique providence/pour panser toutes ces blessures de l’existence» (P.19).
Ainsi donc, ce livre est l’écriture d’un destin: celui du peuple congolais. Il est le dessein d’une parole, celle de l’identité congolaise, à même l’étrangeté d’une société d’un «pays où la loi/ ne frappe qu’accidentellement» (P.42).
Car le Congo est une terre marquée par la violence née des guerres civiles et des conflits fratricides. Alima Madina évoque à nue dans ses chants cette terrible réalité d’un exode des populations à travers savanes et forêts. «Jamais je ne pourrai me taire, comment oserai-je le faire? J’ai vu mourir les enfants, j’ai vu couler leur sang» (P.27).
Dans ce recueil, la poète convoque une nécessité vigilance d’être au monde, face au désert d’un univers à l’échelle d’un pays désormais livré à la perte des repères, à la dépravation des mœurs.
Déconcerté devant ce qu’elle croyait hier encore être, et qui aujourd’hui n’est plus, Alima Madina s’interroge: «Mais par où est donc passée / la belle antique sagesse… » (P.36).
S’abstenant de se prêté ni à l’invective et à l’accusation, encore moins à la condamnation, la poète espère simplement que sa mémoire trace une parcelle de ce qu’elle nomme «la vraie paix» et qu’elle  abrite dans la concordance et la tolérance mutuelle ses «frères de sang». Afin que revienne sur la terre congolaise une «humanité sincère». «Détourne ton regard des cieux, Fixe droits mes grands yeux, Et dis en toute sincérité, N’y trouves-tu pas l’humanité, Scintillante comme une reine en émoi, En moi, règne une part de toi, O toi, frère, source de ma joie, En quoi le sang qui en toi coule, Ne fera-t-il pas battre mon pouls».
Devant ce brumeux paysage de la «Survie», malgré sa difficile conquête d’apaisement, Madina garde en elle suffisamment d’émerveillement et de fascination pour nous convaincre sans peine de voyager en sa compagnie, vers les terres de son enfance, là où «S’étend la belle rivière de mes aïeux». P.46.
Elle nous donne à contempler la «belle Nkéni», les «falaises d’Ignoni», la «montagne sacrée de Kiée», domaine des «gardiennes et protectrices des mystères clés»…autant de merveilles qui reflètent toute la lumière d’une beauté plus étincelante que les astres. «Voilà qui donne au songe un vœu à vivre un rêve à satisfaire, une croyance encore en la vie», concluait Gabriel Mwènè Okoundji, dans sa préface.
«Survie» est le deuxième recueil de poème publié par l’auteure, après «Splendeur cachée» en 2013, et le recueil de nouvelle, «la voix d’une femme qui espère», en 2014. Elle a reçu en novembre 2013, le prix d’honneur de la francophonie (Poésie Unicef en France).
Vivement, que «Survie» récolte un succès œuvre! C’est, en tout cas, tout le mal qu’on peut souhaiter à cette œuvre intéressante qui peut se lire d’un trait.
Pour tout acheteur, ce recueil est disponible à la librairie Les Dépêches de Brazzaville.

Cyr Armel YABBAT-NGO

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