Lu pour vous : «Dynamique et perspective des français en Afrique sub-saharienne» de Jean-Alexis Mfoutou

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Du fait de la pluralité des manières de parler la langue française dans l’espace francophone, le linguiste, sociolinguiste et lexicographe Jean-Alexis Mfoutou, a publié, en juillet 2016, un ouvrage rare par sa précision et son caractère nuancé, et savamment intitulé: Dynamique et perspective des français en Afrique subsaharienne: ces mots qui ne veulent pas dire la même chose ici, là, là-bas.


Le français en Afrique subsaharienne a été très peu traité sous cet angle. Le premier piège écarté par l’auteur est celui d’une focalisation sur le français dit standard, objet de tous les fantasmes. Une intelligence fine écarte un second piège: celui d’un français d’Afrique. Et c’est la langue telle qu’elle est effectivement parlée avec ses spécificités ici ou là que le sociolinguiste prend pour objet. Et c’est avec beaucoup de bonheur que le lecteur découvre que l’auteur explicite une étrange permanence de la langue qui change de lieu: sa capacité d’ouverture, preuve de sa malléabilité. L’ouvrage révèle, et c’est la conclusion vers laquelle se dirige l’ouvrage tout entier, l’existence non pas d’un français d’Afrique, mais des français d’Afrique, comme il existe le français de France, le français de Belgique, le français du Canada, etc. Voici ce que l’on peut lire pp. 169-170: «Dans une étude qui porte sur la vitalité même d’une langue, toute manière particulière de parler, transgression des règles structurelles, phonétiques, phono logiques, prosodiques, morphosyntaxiques, tous les écarts entre forme traditionnelle et forme nouvelle méritent attention. L’inattendu et le gauchissement - de la langue libérée de ses contraintes traditionnelles - sont au coeur même de la malléabilité de toute langue vivante. Nul doute que cette distorsion observée ici ou là est une nécessité comme un appel décidé dans la communication ici, là, là-bas, au faîte de la parole encore du lieu tangible. Quoi qu’il en soit, on entend ici la différence entre le français
d’ici, de là, de là-bas (cf. chap. 2). Des français qui troublent et transforment le français dit standard, des français qui construisent et inventent et qui par-là sont tout proches «du plus vrai de chacun des locuteurs et de chacun des lieux tangibles». Aussi, la distinction n’est sûrement pas entre le «français standard» et le «français d’Afrique», mais entre le français de France et le français du Mali, entre le français du Tchad et le français du Gabon, entre le français de Belgique et le français du Congo-Brazzaville, etc. Voici la langue alors parole partout où elle est parlée, qui s’étend, qui se multiplie et se répond à elle-même en échos sonores: la langue, telle qu’elle est parlée ici ou là, privilégie la réalité plutôt que le rêve, une norme locale plutôt que la Norme [...]»
Parmi les très grandes qualités de cet ouvrage, on saluera, en outre, la langue vivante, alerte, efficace et fort agréable à lire. Cette éclaircie de l’écriture est, à n’en point douter, passionnante et donne envie de relire cet ouvrage.

Pulchérie PELLETIER

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