Portrait d’une écrivaine congolaise : Ketsia Béatrice Bouanga Safou «Chérie Keke», la petite Yombe de France

  • Imprimer
Note utilisateur:  / 2
MauvaisTrès bien 

Ketsia Béatrice Bouanga Safou, dite Chérie Keke, est une jeune fille de vingt-quatre ans, qui croque la vie à pleines dents. Cependant, elle a une passion qui la brûle: l’écriture. Et ses trois premiers livres ne sont pas des romans à l’eau de rose, mais des essais qui traitent des sujets contemporains qui minent notre société: «Mon talent d’écriture fait, en effet, naître en moi une espérance véritable, celle d’apporter ma part dans la construction d’un monde meilleur. C’est plus un combat que de la littérature.» Dans son premier essai, «L’ennemi du noir, c’est le noir», l’auteure parle du racisme dans le monde noir. Elle l’a vécu dans sa chair. En effet, quand elle est arrivée en France, elle s’est retrouvée en classe de quatrième et ce sont des jeunes filles, de race noire comme elle, qui lui rendaient la vie difficile.

Elles la traitaient de bledard! Dès fois, elles lui demandaient si elle connaissait l’usage même de la fourchette! Pourtant, elles savaient bien que Chérie Keke ne venait pas d’une autre planète, mais le but était de l’humilier. Suite à ces comportements ignobles, l’idée lui était venue de dénoncer ces attitudes. En fait, elle s’est sentie obligée d’écrire sur le racisme entre les Noirs. C’était épouvantable, voire tragique.
Dans «Cahier d’une Africaine désenchantée», elle demande à ses frères Africains d’arrêter d’imputer tout ce qui ne va pas en Afrique aux Occidentaux. Elle évoque alors des thèmes comme la corruption. La mentalité africaine est abordée aussi. Selon Chérie Kéké : «La mentalité africaine est très complexe. Je vais faire un résumé, comme l’avait dit, avec beaucoup d’intelligence, mon auteur préféré, Roland Holou : Beaucoup d’Africains ont peur de réfléchir ou ne veulent pas réfléchir; beaucoup ont peur d’agir ou ne veulent pas agir; beaucoup ont la connaissance, mais ne veulent ou ne peuvent pas appliquer leur savoir. En outre, plusieurs intellectuels sont «bloqués». On élimine les têtes pensantes ou on les rejette. Beaucoup de compétences sont bafouées; les cerveaux sont peu promus et peu écoutés. Beaucoup d’Africains ne veulent contribuer au succès des actions n’allant qu’à leur crédit. Pire, il y a une mentalité africaine qui a cloué l’Afrique et qui ne peut jamais permettre l’envol et le décollage de ce continent. Pendant que les bras valides pouvant faire la différence sont au chômage, les incompétents sont promus à des postes très importants et sensibles. Les frais de mission des «grands» ont dévalisé l’Afrique du peu de moyens disponibles, au détriment des pauvres paysans qui meurent sous le soleil du midi. De connivence avec les puissances étrangères et les politiciens, les cadres africains ont mis l’Afrique à terre.»
Enfin, dans le troisième essai, «La France, une justice sans justesse est nulle et sans effet», l’auteure initie un dialogue avec un enfant trop curieux qui veut comprendre la justice française, suite à un reportage suivi à la télévision. Après le dialogue, on réalise que les donneurs de leçons ne sont pas toujours exemplaires. Ce livre parle de l’affaire des biens mal acquis.
En publiant «La petite Yombe de France», Chérie Keke entre, enfin, dans le monde de l’imaginaire, tout en puisant dans ses souvenirs. Elle raconte ses vacances à Kakamoeka, village situé à quelques kilomètres de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville. Elle raconte, avec joie, les beaux exploits que content l’histoire de l’Afrique, notamment la belle épopée de Soundjata Keita, les prouesses des royaumes et empires africains, avant l’arrivée du colon.
Pour elle, l’écriture est vraiment un don de Dieu. Parfois, elle s’étonne de ce qu’elle découvre, quand elle contemple et relit ses ouvrages. Elle se demande si elle en est vraiment l’auteure! La première fois qu’elle a reçu une commande de ses propres livres et qu’elle s’est mise à les relire, avec émotion, elle ne s’imaginait pas qu’elle pouvait publier de si belles choses!  
Elle a le soutien de ses parents qui sont très fiers d’elle moi, son père en particulier. Ses frères lui demandent souvent si les gens la reconnaissent dans la rue comme une écrivaine. C’est drôle!  
Au quotidien, contrairement à la croyance courante, elle vit comme toutes les jeunes filles de son âge. Elle s’habille en Jean, peut parler avec un langage inadapté «ouai, weesh». Elle va en boîte de nuit, quand l’occasion se présente. Elle voyage beaucoup, pour découvrir le monde, s’épanouir et changer d’idées. Elle fait du shopping presque chaque week-end!
«Mais je n’oublie pas mon objectif ultime, devenir une grande dame. Quelqu’un a dit, un jour, pour être un Homme, vous devez lutter. Alors, je me bats. J’ai commencé par des essais, parce que chaque chose a un début. Quand on décide de devenir écrivain, on n’a pas, souvent, l’idée du travail que cela demande. Alors, il faut, d’abord, essayer», soutient l’écrivaine. Elle a essayé et elle a réussi.
«Demain, j’aurai 25 ans» est sa future publication.
 

Marie Léontine  TSIBINDA