Festival à Pointe-Noire : Merci Kimoko!

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Ouvert le mardi 21 juin 2016, à l’hôtel FLM, le Festival International Kimoko de Pointe-Noire, a clos sa neuvième édition, en apothéose, le dimanche 26 juin. L’esplanade du Centre culturel Jean-Baptiste Tati-Loutard, qui accueillait la soirée, débordait de spectateurs. Au programme, pourtant, rien de nouveau. Mais des prestations d’une grande qualité: la pièce de théâtre «L’envers du décor», tirée du roman de l’écrivaine Huguette Nganga Massanga, interprétée par un groupe de malentendants de la compagnie Zacharie Théâtre de Brazzaville, jouée le 23 juin; la danse contemporaine «Va et reviens» du Camerounais Conni Dzing, déjà au programme du 22 juin; le seul en scène de Michel Bohiri, qu’on ne présente plus, qui, lui aussi, s’était déjà produit le soir de l’ouverture, le 21 juin.

 

Dès l’entame de sa «causette», le comique ivoirien n’a, d’ailleurs, pas manqué de relever, avec la verve qu’on lui connaît, le défi qu’il prétendait lui avoir été lancé, personnellement, par cette affluence aussi massive qu’inattendue, c’est dire à quel point, tous, artistes, organisateurs et fidèles du festival ont été marqués par ce raz-de-marée aussi réconfortant qu’insolite.
Que s’est-il donc passé dans le cœur et l’esprit du public ponténégrin? Pourquoi cet engouement soudain pour ces artistes qu’ils ignorent si cruellement ? Sans doute ont-ils eu vent de l’excellente qualité des prestations offertes. Voilà neuf ans, en effet, que pour l’amour de l’art et à force de volonté, l’équipe de Kimoko s’escrime à promouvoir la culture africaine dans ses multiples facettes: contes, marionnettes, théâtre, danse, musique, etc… sans jamais atteindre un public à la hauteur de ses efforts et des talents qu’il met en scène. Bien que gratuits, les spectacles n’attirent pas les foules, alors que les bars ne désemplissent pas. Et lors des fêtes de fin d’année, même les enfants y sont admis. Ce qui traduit bien le besoin criant de loisirs qui caractérise notre pays. Mais pourquoi, dès lors, les Ponténégrins ne se bousculent-ils pas aux manifestations culturelles qui leur sont offertes? Comment expliquer ce désintérêt des adultes, en particulier, pour ces distractions? Car, les enfants, eux, participent en plus grand nombre que les adultes aux spectacles et activités proposés. Leur intérêt pour les ateliers de contes et de marionnettes demeure, toutefois, en deçà des attentes des organisateurs. Comment s’en étonner, dès lors que leurs parents eux-mêmes n’en comprennent pas l’importance? Qui les initie à la culture? L’éducation qu’ils reçoivent, tant à la maison qu’à l’école, les prépare-t-elle à apprécier les arts et les lettres? A qui, dans nos institutions, incombe la charge de cet aspect du développement de l’enfant ? En principe, aux ministères de l’éducation, de la culture, et des loisirs. Mais que font-ils, concrètement, pour y parvenir? S’en soucient-ils seulement?
Malgré les invitations qui leur sont adressées, les représentants de ces institutions, dans la ville, brillent, souvent, par leur absence. Même lorsqu’ils sont directement interpellés, comme à cette conférence du 24 juin sur: «La diffusion et la distribution des spectacles en Afrique, diagnostic et perspectives».
Pas un seul responsable, ni de la mairie, ni des ministères concernés: information, éducation, culture et arts, loisirs, sur cette question relevant pourtant de leur compétence. Aucun représentant du peuple non plus.
La directrice de l’Institut Français, en revanche, était non seulement présente, mais intervenait dans ce débat qui ne la concerne pas au premier chef. Et comme contribution au Festival, l’Institut français avait invité des acteurs congolais produits par Le Tarmac, qui ont magistralement interprété la pièce de notre compatriote Julien Mabiala Bissila: Au nom du père, du fils et de JM Weston et Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée, d’après le texte de Bernard Magnier sur Sony Labou Tansi, notre célèbre romancier et dramaturge, mis en scène par Hassane Kassi Kouyaté.
Au quotidien, c’est auprès de l’Institut français que nos artistes trouvent appui et soutien, tant moral que matériel et technique, comme si nous étions encore sujets français, régis par la mère patrie: la France.
Est-ce aux Français de faire la promotion de nos artistes et hommes de lettres, dans notre propre pays? Comment comprendre cette dépendance, cinquante-six ans après l’indépendance? A quoi donc servent nos ministères? Juste à entretenir la clientèle?
Si nous ne pouvons compter sur aucun appui, même moral, de nos institutions, pouvons-nous en attendre un soutien matériel?
Kimoko est, essentiellement, financé par Total EP Congo et Congo Terminal et reçoit des aides multiformes de quelques entreprises de la place, étrangères, pour la plupart. Nos riches compatriotes, si prompts à vanter leurs milliards, sont, eux, aux abonnés absents.
Nous, qui n’avons pour nous divertir, que ces initiatives locales – Kimoko n’est pas le seul festival du Kouilou – saluons de tout cœur tous ceux qui nous ont offert cette neuvième édition du Festival International Kimoko, si riche et si réussie.
Et à Kimoko, nous souhaitons un succès au moins égal à celui de cette dernière soirée de juin 2016, pour son édition de 2017.
Encore merci Kimoko!

Mambou Aimée GNALI
Ancienne ministre de la Culture et des Arts

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